Le président Bassirou Diomaye Faye a ordonné ce mercredi, lors du Conseil des ministres, un durcissement des mesures contre la hausse des loyers, jugée insoutenable pour les ménages sénégalais. Dans un pays où l’accès à un logement décent reste un défi, notamment à Dakar, l’État tente depuis 2014 de réguler un marché locatif marqué par des pratiques abusives et des contournements répétés. Une nouvelle approche, axée sur la coercition, pourrait-elle enfin inverser la tendance ?
Un décret de 2023 déjà contesté sur le terrain
Depuis mars 2023, un décret présidentiel impose une baisse progressive des loyers : jusqu’à 20 % pour les logements à moins de 300 000 francs CFA, 10 % pour la tranche 300 000 à 500 000 francs, et 5 % au-delà. Une Commission nationale de régulation des loyers (Conarel) a été créée pour superviser son application. Pourtant, malgré ces mesures, les propriétaires contournent systématiquement la réglementation par des augmentations déguisées, des changements de locataires ou des discriminations à l’embauche. Les tentatives passées, comme celle de 2014, sont restées lettre morte.
Diomaye Faye mise sur la fermeté pour briser les résistances
Face à l’échec des approches précédentes, jugées trop timides, le chef de l’État semble privilégier une stratégie plus radicale. En insistant sur le volet coercitif, il entend envoyer un signal fort aux bailleurs, souvent accusés de profiter de la pénurie de logements pour imposer des conditions abusives. Cette inflexion intervient dans un contexte où le logement figure parmi les priorités sociales du nouveau pouvoir, élu en 2024. À Dakar, où les loyers ont explosé ces dernières années, la pression sur les ménages s’est intensifiée, rendant l’accès à un toit décent de plus en plus difficile.
Quelles armes pour une régulation durable ?
La question centrale reste celle de l’efficacité des nouveaux outils annoncés. Les mécanismes de contrôle, renforcés par l’exécutif, devront-ils s’accompagner de sanctions ciblées contre les propriétaires récalcitrants ? Une application rigoureuse de la Conarel sera-t-elle enfin possible, après des années de contournements ? Les observateurs s’interrogent : cette fois, les mesures annoncées parviendront-elles à s’imposer face aux réticences des acteurs du marché, ou resteront-elles, une fois de plus, sans effet concret ?