Sénégal : comment la filière anacarde en Casamance peut devenir un levier de souveraineté productive

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 31 lectures
Sénégal : comment la filière anacarde en Casamance peut devenir un levier de souveraineté productive

La filière anacarde sénégalaise, forte de 118 914 tonnes exportées en 2025 pour 92 milliards de FCFA, se trouve à un tournant stratégique. L'enjeu n'est plus seulement de maintenir une performance commerciale à l'export, mais de transformer cette ressource en un moteur de souveraineté alimentaire, de création d'emplois locaux et de valeur ajoutée durable.

Repenser le modèle productif en Casamance

Le diagnostic est partagé par les acteurs de terrain : le potentiel du cajou est freiné par le vieillissement des vergers et une transformation locale quasi inexistante, estimée à moins de 3 % en 2026. Pour pallier ces faiblesses, le Cadre régional de concertation des acteurs de la filière anacarde de Ziguinchor (CROFAZ), dirigé par Demba Diémé, promeut le concept de « fermes intégrées ». Cette approche rompt avec la monoculture traditionnelle en associant l'anacardier à d'autres cultures vivrières. L'objectif est double : sécuriser les revenus des ménages agricoles face aux aléas climatiques et garantir une base productive plus résiliente.

Le levier des pépinières pour le renouvellement agricole

La pérennité de la filière repose sur la modernisation du capital végétal. En collaboration avec des partenaires comme WEECAP et PACAS, le CROFAZ déploie des pépinières à travers la Casamance. Ce maillage est crucial pour remplacer les vergers vieillissants par des plants plus productifs. Cette stratégie s'inscrit dans la Stratégie de souveraineté alimentaire du Sénégal 2025-2034, qui identifie l'agro-industrie comme un pilier de croissance pour les 909 000 ménages agricoles du pays, tout en cherchant à réduire la dépendance aux importations alimentaires.

De l'exportation brute à la valeur ajoutée industrielle

La transformation locale représente le véritable gisement de croissance. Au-delà de l'amande, l'exploitation de la pomme de cajou et la valorisation énergétique des coques offrent des perspectives industrielles réelles. Chaque étape de transformation réalisée sur le territoire — du séchage au conditionnement — génère des emplois pour les jeunes et les femmes, tout en structurant un écosystème de PME locales. Le gouvernement a d'ailleurs révisé ses ambitions, visant désormais une transformation de 30 % de la production nationale sur cinq ans.

L'articulation nécessaire entre agropoles et exploitations familiales

Si les 90 milliards de FCFA d'investissements annoncés en 2026 pour les agropoles constituent une infrastructure indispensable, leur succès dépendra de leur connexion directe avec le terrain. Le rôle du CROFAZ est ici central : il agit comme une interface entre les producteurs, la recherche universitaire et les pouvoirs publics. Pour que la Casamance devienne un véritable laboratoire de souveraineté productive, il est impératif d'harmoniser les politiques de financement, le conseil agricole et les capacités de stockage, afin que l'usine et le verger forment une chaîne de valeur cohérente et rentable.

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