La polémique enfle autour de la gestion du dossier Kosmos au Sénégal. L'ancien directeur général de Petrosen, Alioune Gueye, a formellement démenti les allégations du Premier ministre Al Aminou Lô, qui évoquait un « manquement grave » ayant privé l'État de 55 millions de dollars.
Distinction entre engagement et créance
Au cœur du désaccord se trouve l'interprétation juridique des 55 millions de dollars mentionnés par le gouvernement. Selon Alioune Gueye, cette somme ne constitue en aucun cas une créance exigible, mais correspond à un engagement de dépenses prévu par le décret n° 2024-713 du 13 mars 2024. L'ancien responsable souligne qu'un engagement de dépenses ne peut être assimilé à une dette, rappelant que les obligations financières d'un titulaire de contrat pétrolier sont strictement encadrées par les termes contractuels. Il affirme que, selon le Code pétrolier, aucune disposition ne permet de transformer cette enveloppe d'études de développement en une indemnité automatique.
Bilan des investissements et actifs transférés
Alioune Gueye défend la stratégie adoptée, arguant que Kosmos a déjà injecté plus de 300 millions de dollars d'investissements, désormais propriété de l'État sénégalais. Selon lui, le barème contractuel est épuisé et l'accord conclu en avril n'a pas engendré de perte financière. Au contraire, il soutient que cet arrangement a permis d'obtenir des garanties concrètes, notamment le transfert intégral des données, des bandes et des actifs, tout en assurant une coopération de l'opérateur jusqu'au terme du processus. Il estime qu'une expiration naturelle du contrat en 2026 aurait été moins avantageuse pour le pays.
Contradictions sur la portée juridique de l'accord
L'ancien DG de Petrosen pointe une incohérence dans l'argumentaire gouvernemental. Il rappelle que l'accord signé en avril précise explicitement qu'il régit les relations entre Petrosen et Kosmos sans être opposable à l'État. Par conséquent, il juge contradictoire de soutenir que cet acte a pu effacer une créance étatique tout en affirmant qu'il ne lie pas l'État. Il souligne que si une créance réelle existait, rien n'empêcherait les autorités actuelles de la recouvrer, les textes juridiques étant restés inchangés.
Disponibilité face aux institutions
Face à la gravité des accusations, Alioune Gueye revendique la pleine responsabilité de sa signature et affirme avoir agi dans le strict respect des directives reçues. Il se dit prêt à répondre devant les instances compétentes, qu'il s'agisse de l'Assemblée nationale, de la Cour des comptes ou de la justice, pour justifier son action sur la base exclusive des textes en vigueur.