Les agriculteurs tunisiens, du sud aride de Gabès aux plaines céréalières du nord, sont contraints de réinventer leurs pratiques face à des épisodes de sécheresse de plus en plus fréquents. Entre recours à des semences locales, systèmes d'irrigation économes et appels à l'agroécologie, ils cherchent à garantir la viabilité de leurs exploitations.
Les faits essentiels
Dans la région de Gabès, le climat chaud et la raréfaction des ressources en eau menacent l'une des rares oasis littorales du pays. Abdelfattah Dahmani, ancien ouvrier de l'industrie sidérurgique, a quitté son emploi après la pandémie pour cultiver à plein temps. Il exploite deux parcelles, dont une dans l'oasis de Chenini, et anime une pépinière où les agriculteurs échangent des semences autochtones, notamment des blettes, de la corète et des carottes, réputées plus résistantes à l'aridité. À proximité, Anouar Boubakri a installé un système de goutte‑à‑goutte à Menzel Habib, à 80 km de Gabès, et récupère les eaux de pluie dans une citerne traditionnelle. Il estime que 75 % de son exploitation est autonome en eau et ambitionne d'atteindre l'autosuffisance totale.Dans le nord, la majorité des cultures est céréalière. Leith Ben Becheur, agriculteur de Jendouba, décrit la sécheresse comme ponctuelle mais très violente lorsqu’elle survient, affectant les rendements des céréales, des fourrages et des oliviers. Il souligne que même après une année pluvieuse, les déficits accumulés lors des saisons précédentes peuvent persister, un phénomène qu’il attribue au dérèglement climatique.
Pourquoi c'est important
Ces témoignages illustrent la double pression exercée sur l'agriculture tunisienne : la perte progressive de ressources hydriques et l'augmentation de la variabilité climatique. Au sud, la survie de l'oasis de Chenini dépend de la capacité des agriculteurs à concilier savoir‑faire ancestral et technologies d'irrigation modernes. La diffusion de semences locales, mieux adaptées à la sécheresse, constitue une réponse biologique aux contraintes hydriques.Au nord, la dépendance aux cultures pluviales expose les exploitations aux aléas climatiques, ce qui menace la sécurité alimentaire régionale. L'adoption tardive de pratiques agroécologiques – rotation des cultures, conservation du sol, diversification – pourrait réduire la vulnérabilité des grandes cultures et des oliveraies, tout en limitant l'empreinte environnementale de l'agriculture intensive.
Ce qu'il faut surveiller
Les prochains mois seront décisifs pour mesurer l'impact des initiatives locales. Au sud, l'extension du système de goutte‑à‑goutte et la capacité à collecter davantage d'eau de pluie détermineront si les fermes comme celle d’Anouar Boubakri pourront atteindre l'autonomie totale. Au nord, l'adoption d'approches agroécologiques par un plus grand nombre d'agriculteurs et la mise en place éventuelle de programmes de soutien public seront des indicateurs clés de la résilience du secteur céréaliers.Par ailleurs, l'évolution des précipitations et des températures au cours de la prochaine saison devra être suivie de près, afin d’évaluer la fréquence et l’intensité des sécheresses à venir. Ces données guideront les politiques d'irrigation, les programmes de recherche sur les semences résistantes et les stratégies d'adaptation à l’échelle nationale.