La sécheresse qui frappe la France cet été a réduit de 25 % les récoltes de légumes chez Bonduelle, principal acteur des conserves et surgelés. Le groupe, qui travaille avec plus de 1 500 agriculteurs, envisage des hausses de prix et une augmentation des importations pour maintenir son approvisionnement.
Des pertes agricoles record et des usines à l’arrêt
Avec des températures exceptionnelles depuis mai, les cultures de pois, carottes et haricots ont subi des pertes estimées entre 23 % et 25 %. Les agriculteurs, comme Nicolas Brehon dans les Hauts-de-France, ont dû multiplier les arrosages nocturnes et utiliser des outils d’aide à la décision pour limiter les dégâts. Pourtant, les rendements restent en dessous des attentes : « On ne sait plus ce qu’est une année normale », confie-t-il.
Face à cette situation, Bonduelle a dû suspendre l’activité de deux usines dans les Landes pendant deux semaines, faute de matières premières suffisantes. Xavier Unkovic, directeur général du groupe, reconnaît une « situation très compliquée » pour les producteurs, dont les revenus ont chuté.
Des prix à la hausse pour les consommateurs
Les baisses de production se répercuteront inévitablement sur les étiquettes. « Il y aura un impact sur le prix, c’est certain », admet Unkovic, tout en promettant une hausse « réfléchie, raisonnable et temporaire ». Les légumes les plus touchés, comme les pois et les carottes, pourraient voir leurs tarifs augmenter de manière significative dans les rayons des supermarchés.
Pour compenser, Bonduelle mise sur des importations depuis le Portugal ou la Hongrie, où les conditions climatiques ont été moins sévères. Cependant, cette solution reste limitée : « Importer, c’est acheter un légume qui n’a pas été préservé et n’est donc pas entièrement frais », souligne Unkovic, rappelant l’engagement du groupe pour une production locale « sitôt récolté, sitôt transformé ».
L’agriculture régénérative, une piste pour l’avenir
Face aux défis climatiques, Bonduelle et ses partenaires explorent des solutions durables. Depuis plusieurs années, le groupe promeut l’agriculture régénérative, qui consiste à planter un couvert végétal après les moissons pour préserver l’humidité des sols. Résultat : une réduction de 20 à 25 % des besoins en eau et en intrants, avec un gain de productivité notable.
Près de 65 % des agriculteurs partenaires ont déjà adopté cette méthode, et Bonduelle vise 80 % d’ici 2030. « C’est une barrière de protection qui permet aux agriculteurs de s’en sortir mieux que la moyenne », explique Unkovic. La rotation des cultures, combinée à cette approche, pourrait atténuer les effets des futures sécheresses.
Un modèle de production menacé par le climat
Avec 80 % de ses légumes issus de France, Bonduelle incarne un modèle de production locale et rapide. Pourtant, les vagues de chaleur répétées remettent en cause cette résilience. Les agriculteurs, comme Timothée Gueroult, qui cultive des haricots rouges dans l’Ouest, constatent l’ampleur des dégâts : « On n’a jamais eu ces conditions météorologiques. Malgré plusieurs irrigations, les graines sont restées minuscules. »
Alors que les stocks s’amenuisent et que les prix s’ajustent, la question se pose : jusqu’où le secteur peut-il s’adapter sans remettre en cause sa promesse de fraîcheur et d’accessibilité ?