Les événements tragiques de Sebta et Melilla, qui ont coûté la vie à au moins 141 migrants issus de 11 nationalités arabes, révèlent une crise migratoire aux dimensions sociales et politiques profondes. L’Association marocaine des droits humains (AMDH) exige une enquête indépendante pour établir les responsabilités, dénonçant un échec des institutions et des politiques publiques.
Une crise migratoire aux racines sociales et politiques
Les tentatives de franchissement des frontières de Sebta et Melilla occupées, les 30 et 31 juillet, ont abouti à un bilan humain dramatique. Selon l’AMDH, 141 personnes ont péri, un chiffre que l’organisation juge sous-estimé au regard des témoignages recueillis. Ces événements ne se limitent pas à une simple tentative de passage, mais illustrent une crise sociale endémique au Maroc, marquée par l’effondrement des mécanismes de médiation et l’affaiblissement des institutions politiques et syndicales.
La présidente de l’AMDH, Souad Brahma, a souligné que ces drames révèlent « une crise et un échec des politiques publiques », où « la mer est devenue plus clémente que l’État ». L’association critique l’absence de deuil national et dénonce une gestion des migrants revenus, souvent emprisonnés plutôt que pris en charge. Par ailleurs, elle rejette la thèse des réseaux de traite avancée par les autorités, la qualifiant de « théorie du complot » et pointant l’absence de recherche systématique des corps, limitant les récupérations aux dépouilles flottantes.
Responsabilités et enjeux juridiques : une réponse insuffisante
L’AMDH et la Coordination européenne pour les droits humains au Maroc ont documenté la situation judiciaire des migrants. À Tétouan, 59 personnes, dont 5 mineurs, sont en détention provisoire, tandis qu’à Nador, 52 autres, dont 18 mineurs, sont détenues dans un centre de protection. Par ailleurs, 11 personnes sont poursuivies pour entrave à la circulation, violences contre des agents publics et rébellion collective. Ces poursuites illustrent une réponse répressive plutôt qu’une approche centrée sur les droits humains.
Les associations soulignent également le rôle des politiques européennes, jugées « inhumaines » dans la gestion migratoire. Selon elles, ces politiques transforment les migrants en « instruments politiques » pour des forces de droite, masquant les crises sociales en Europe. L’AMDH lie enfin ces tragédies aux déséquilibres économiques et sociaux entre le Nord et le Sud, rappelant que la crise de Sebta et Melilla ne peut être dissociée de ces inégalités structurelles.