Pour la première fois depuis 1945, un parti d'extrême droite arrive en tête d'un scrutin régional en Allemagne. L'Alternative für Deutschland (AfD) a récolté 43,8% des voix lors du scrutin du 6 septembre en Saxe-Anhalt, distançant largement la CDU du chancelier Friedrich Merz, crédité de 17,2%. Le SPD (9,3%), les Verts (8,9%) et Die Linke (8,6%) complètent le tableau, tandis que l'Alliance Sahra Wagenknecht (BSW) passe tout juste la barre des 5% nécessaires pour siéger au Parlement du Land.
Une campagne ancrée dans le sentiment de déclin
La formation doit son score à la popularité de son chef de file, Ulrich Siegmund, 35 ans, dont les équipes ont multiplié meetings et rencontres dans ce Land de 2,2 millions d'habitants. Le programme, qualifié d'extrême droite par plusieurs observateurs, s'est nourri du sentiment de déclassement des régions de l'est, en ciblant notamment les réfugiés et les minorités sexuelles. Portée par la promesse de mettre fin au « déclin » territorial, cette stratégie a permis à l'AfD de doubler presque son score par rapport aux élections précédentes, où elle avait obtenu un peu moins de 23%.
Un revers majeur pour Friedrich Merz
La performance affaiblit directement le chancelier conservateur, crédité de seulement 16% d'opinions positives selon un sondage YouGov de juillet 2026. Friedrich Merz avait promis dès 2018 de réduire de moitié le score de l'AfD : c'est l'inverse qui se produit. Plusieurs analystes interrogés relèvent que sa stratégie droitière ne convainc plus, tandis que des voix s'élèvent au sein de la CDU et du SPD pour réclamer son remplacement. Le Parti social-démocrate est lui aussi touché, plafonnant à 12% dans les intentions de vote à l'échelle fédérale, un niveau historiquement bas.
Un laboratoire pour l'AfD, un signal pour l'Europe
Observée de près par les cadres fédéraux du parti, la Saxe-Anhalt sert de modèle : la campagne d'Ulrich Siegmund, télégénique et accessible, est appelée à être reproduite ailleurs. Les élections régionales du Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, le 20 septembre, où l'AfD est donnée autour de 35%, en seront un test direct. Au-delà de l'Allemagne, des chercheuses interrogées estiment que cette victoire envoie un « message de normalisation » aux mouvements d'extrême droite du continent.
Le « cordon sanitaire » résiste, pour l'instant
Faute de majorité absolue, l'AfD ne gouvernera probablement pas le Land : seul le BSW a laissé la porte entrouverte à une alliance, sans la formaliser. Tous les autres partis excluent toute coalition. Même dans l'opposition, le parti disposera d'un « pouvoir de nuisance important », selon les analystes : blocage des changements constitutionnels, temps de parole accru, ressources supplémentaires pour sa machine de propagande. L'enjeu pour les formations traditionnelles est désormais de trouver une stratégie capable de freiner une ascension que personne, pour l'instant, ne sait enrayer.