Le prince héritier Mohammed ben Salmane voit son contre‑offensif au Yémen s’enliser alors que les États‑Unis, sous l’impulsion de Donald Trump, refusent d’envoyer des systèmes d’interception. Cette impasse sécuritaire coïncide avec le retrait des grands groupes pétroliers du Congrès mondial de l’énergie à Riyad, accentuant les incertitudes sur le marché du pétrole.
Attaques à Riyad et retrait des majors pétroliers
Le 10 octobre, un attentat à l’aéroport de la capitale saoudienne a fait treize morts et plus de trois cents blessés. L’incident a déclenché la décision de plusieurs cadres de BP, TotalEnergies et ExxonMobil de ne pas se rendre au Congrès mondial de l’énergie, événement annuel qui rassemble les mastodontes du secteur. Leur absence reflète une méfiance croissante quant aux garanties de sécurité offertes par Riyad, alors que la contre‑offensive « L’aube du Yémen » du prince héritier peine à contenir les forces houthies qui menacent les détroits stratégiques de Bab el‑Mandeb et d’Ormuz.
Absence de soutien militaire américain
Donald Trump, qui a mené une politique de confrontation directe avec l’Iran, n’a pas répondu aux appels d’aide de MBS. Les stocks d’intercepteurs THAAD et Patriot, déjà à leur plus bas niveau tant à Washington qu’à Riyad après les récents affrontements dans le golfe Persique, ne sont pas mis à disposition. Washington continue toutefois de fournir du renseignement, mais le manque de matériel anti‑missile est perçu par Riyad comme une trahison de son allié historique, d’autant que les prix de l’énergie grimpent déjà, impactant directement les ménages américains.
Limites de l'arsenal saoudien et alliances régionales
L’Arabie Saoudite reste le premier importateur mondial d’armement américain, représentant 12 % des achats l’an passé. Malgré la vente d’avions de combat F‑35 et la proposition de F‑15, une partie du matériel reste obsolète, conçue pour les conflits du début des années 1990. Selon le professeur Bernard Haykel, la guerre des drones a rendu ces systèmes dépassés, et Riyad reste réticent à renforcer excessivement son armée de peur d’un coup d’État. Le « Pacte de la Mecque », signé le 5 octobre avec la Turquie et le Pakistan, est jugé par les experts comme une coquille vide, limité à des missions défensives et incapable de renverser la dynamique du conflit yéménite.
Implications pour la Vision 2030 et le marché énergétique
Le projet de modernisation « Vision 2030 » du prince héritier, déjà freiné par la chute du prix du pétrole, dépend d’une stabilité régionale et d’investissements étrangers. L’incapacité à sécuriser les routes maritimes du détroit de Bab el‑Mandeb menace les exportations saoudiennes et alimente la volatilité des cours du brut. Sans un accord durable entre les États‑Unis et l’Iran, la situation risque de se prolonger, laissant Riyad isolée face à une milice houthie bien équipée de composants iraniens et chinois.