Face à la multiplication des témoignages de troubles menstruels après des manifestations, le lien entre l'exposition aux gaz lacrymogènes et la santé reproductive des femmes devient un sujet de préoccupation majeur. Alors que plus de 10 000 signalements ont été recueillis par le collectif « Lacrymos de sang », la communauté scientifique et les instances politiques sont désormais appelées à se saisir de cet enjeu de santé publique encore largement inexploré.
Des symptômes persistants signalés par des milliers de femmes
Le collectif « Lacrymos de sang » rapporte une vague de témoignages décrivant des douleurs ovariennes intenses, des saignements inattendus ou des cycles perturbés, touchant des profils variés, y compris des femmes sous contraception hormonale ou en période de transition. Ces signalements, qui ont connu une forte recrudescence lors des récentes mobilisations sociales en France, soulèvent des questions sur l'impact physiologique immédiat des agents chimiques utilisés par les forces de l'ordre.
Une corrélation scientifique à confirmer
Si des études menées aux États-Unis après les mouvements « Black Lives Matter » ont mis en évidence une prévalence élevée de troubles gynécologiques chez les personnes exposées, les chercheurs appellent à la prudence. Alexandra Alvergne, directrice de recherche au CNRS, souligne l'absence de groupes témoins dans ces travaux, rendant difficile l'établissement d'un lien de causalité direct. Bien que le stress lié aux manifestations puisse influencer le cycle, les témoignages font état de symptômes survenant trop rapidement pour être uniquement attribués à des facteurs psychologiques, poussant les experts à explorer des pistes comme une possible perturbation thyroïdienne ou hormonale induite par les composants chimiques, notamment le CS.
Le retard historique de la recherche sur la santé féminine
Ce débat met en lumière une lacune structurelle dans la recherche médicale : l'historique des études sur les gaz lacrymogènes s'est majoritairement concentré sur des modèles animaux ou des populations militaires masculines. Le cycle menstruel demeure un paramètre rarement intégré dans les évaluations environnementales. Cette invisibilisation des spécificités biologiques féminines dans la recherche scientifique est aujourd'hui dénoncée par des collectifs et des parlementaires.
Vers une interpellation des autorités
La question a désormais franchi les portes de l'Assemblée nationale, où la députée Clémentine Autain a officiellement saisi le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez. Le collectif « Lacrymos de sang » prévoit de publier une analyse détaillée courant novembre et réclame des financements pour des études indépendantes. À terme, les militantes demandent une suspension de l'usage de ces gaz tant que leur innocuité sur la santé reproductive des femmes n'aura pas été formellement démontrée par des travaux scientifiques rigoureux.