L'organe nourricier est au cœur d'un double défi de santé publique au Ghana : celui de la nutrition infantile et celui de la lutte contre le cancer du sein. Si l'allaitement exclusif reste le levier le plus puissant pour la survie des enfants, la prévalence croissante du cancer du sein, touchant des femmes de plus en plus jeunes et parfois des hommes, impose une refonte urgente des politiques de prévention et de soutien social.
L'allaitement, pilier de la santé infantile et maternelle
L'Organisation mondiale de la Santé préconise l'allaitement exclusif durant les six premiers mois de vie, une pratique capable de prévenir des centaines de milliers de décès infantiles annuels. Au-delà de l'apport immunologique du colostrum, l'allaitement réduit les risques de maladies cardiovasculaires et de cancer du sein chez la mère. Pourtant, la conciliation entre vie professionnelle et maternité demeure un obstacle majeur. Avec une durée moyenne de congé maternité mondiale inférieure aux six mois recommandés, les mères manquent de structures adaptées, comme des espaces d'allaitement en entreprise, pour maintenir cette pratique essentielle.
Le cancer du sein : une urgence diagnostique
En 2022, le Ghana a enregistré plus de 5 000 nouveaux cas de cancer du sein, avec une mortalité alarmante : près d'un décès pour deux diagnostics. La précocité de l'âge moyen de diagnostic, situé à 49 ans, et le stade avancé de la maladie lors de la prise en charge constituent des freins majeurs à la survie. Contrairement aux idées reçues, le cancer du sein n'est pas exclusivement féminin. Bien que rare, il touche également les hommes, qui, faute d'information, consultent souvent trop tard. La persistance de mythes, notamment ceux liant la maladie à des croyances mystiques, retarde l'accès aux soins cliniques et doit être combattue par une éducation sanitaire rigoureuse.
Vers une stratégie nationale de prévention
La lutte contre cette pathologie nécessite une action coordonnée. Il est impératif d'intégrer l'examen clinique des seins dans le suivi médical de routine et de faciliter l'accès aux mammographies dès 40 ans. Pour les autorités, l'enjeu est de légiférer sur des congés maternité prolongés et de structurer un registre national des données sur le cancer. La responsabilité est collective : les employeurs doivent aménager les conditions de travail, tandis que les communautés doivent briser les stigmates entourant la maladie. L'autopalpation mensuelle reste, à ce jour, l'outil de sensibilisation le plus accessible pour favoriser un diagnostic précoce, condition sine qua non d'une prise en charge efficace.