Santé mentale au Burkina Faso : l'urgence d'une réponse adaptée aux réalités des femmes

Par Rédaction KUMBA 2 min de lecture 18 lectures
Santé mentale au Burkina Faso : l'urgence d'une réponse adaptée aux réalités des femmes

À l'occasion de la Journée mondiale de la santé mentale 2026, le Burkina Faso place l'accessibilité et l'inclusion au cœur de ses priorités sanitaires. Pourtant, l'association féministe Sœurs Pour Sœurs/Tond Laa Taaba (SPS/TLT) souligne un angle mort persistant : la situation spécifique des femmes et des filles, dont la vulnérabilité psychique est exacerbée par des inégalités structurelles profondes.

Une prévalence alarmante liée aux inégalités de genre

Les données disponibles révèlent une fracture nette entre les sexes. Une enquête nationale de 2015 indiquait que 46,24 % des femmes présentaient au moins un trouble mental, contre 35,01 % chez les hommes. Loin d'être une fatalité biologique, cet écart est le résultat direct de rapports de force inégaux : violences basées sur le genre, mariages forcés, charge mentale liée aux soins non rémunérés et dépendance économique. Pour les femmes déplacées internes, cette fragilité est accentuée par la perte de leurs réseaux de solidarité et de leurs moyens de subsistance, avec une prévalence des troubles atteignant 41,10 % dans cette catégorie spécifique.

Les barrières structurelles à l'accès aux soins

Le droit à la santé mentale demeure largement théorique pour une grande partie de la population féminine. Les femmes rurales, celles en situation de handicap ou vivant dans la précarité font face à des obstacles multiples : éloignement géographique des centres de santé, coût prohibitif des médicaments et contraintes sociales imposant souvent l'aval d'un tiers masculin pour accéder à une consultation. Les travaux de recherche menés par SPS/TLT en 2022 et 2023 confirment que ces freins empêchent une prise en charge effective, transformant une nécessité médicale en un privilège inaccessible.

Vers une refonte des politiques publiques

Face à ce constat, l'association SPS/TLT propose une feuille de route pour transformer les engagements officiels en actes concrets. Elle exhorte les autorités sanitaires et les partenaires humanitaires à produire des données ventilées par sexe et par situation, afin d'orienter les décisions avec précision. Le plaidoyer porte également sur le rapprochement des services de santé mentale des zones d'accueil des déplacés, la garantie de l'accessibilité financière aux médicaments essentiels et l'intégration systématique du soutien psychosocial dans les dispositifs de lutte contre les violences basées sur le genre. En attendant une réponse étatique renforcée, l'association maintient un centre d'écoute gratuit (joignable au 62610508) pour offrir un espace de parole aux femmes en souffrance.

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