Le colonel Patrick Rakotomamonjy, médecin militaire incarcéré depuis le 16 avril 2026 à la maison de force de Tsiafahy, aurait vu son état de santé se détériorer suite à des traitements qu’il qualifierait de maltraitance. Son épouse, le docteur Minohasina, alerte les autorités sur l’absence de visites, les douleurs du détenu et la nécessité d’un transfert hospitalier, relançant ainsi le débat sur les conditions de détention à Madagascar.
Accusations de mauvais traitements et demande de soins
Selon la déclaration de Minohasina, le colonel ne reçoit plus de visites depuis le 23 août et souffre de douleurs dorsales, thoraciques et de difficultés respiratoires. Elle réclame son transfert à l’hôpital militaire de Soavinandriana. Dans une vidéo, elle affirme que, suite à sa première prise de parole, de l’eau chaude aurait été jetée sur son mari dans la cour de la prison, le rendant incapable de marcher. Elle évoque également le décès récent d’un militaire dans l’établissement, dont les circonstances restent inconnues.
Un passé de dénonciations d’Amnesty International
La maison de force de Tsiafahy était déjà au cœur d’une polémique en 2018, lorsqu’Amnesty International dénonçait une surpopulation extrême : 988 détenus dans une prison conçue pour 350 places, avec des cellules de 70 personnes accueillant parfois plus de 200. L’organisation qualifiait ces conditions de « totalement inacceptables », susceptibles de constituer des traitements cruels, inhumains ou dégradants. Le même rapport soulignait des problèmes sanitaires généralisés dans neuf prisons malgaches, dont 129 décès en 2017.
Précédents médiatisés : de Houcine Arfa à Sylvain Rabetsaroana
En 2017, Houcine Arfa, ancien conseiller en sécurité du président, avait dénoncé des passages à tabac et des traitements inhumains à Tsiafahy avant de s’évader pour soins médicaux et rejoindre la France. Plus récemment, en juin 2026, Amnesty a de nouveau alerté sur la détention provisoire de l’ancien sénateur Sylvain Rabetsaroana, rappelant la persistance de la surpopulation et de la détérioration de l’état de santé des détenus.
Enjeux juridiques et perspectives
L’affaire du colonel Rakotomamonjy remet en lumière trois problématiques majeures : la surpopulation carcérale, l’accès aux soins pour les détenus et le respect des normes internationales relatives aux droits humains. L’épouse du colonel a sollicité les juristes pour vérifier la conformité des conditions de détention avec la loi malgache et les conventions internationales. À ce jour, ni le ministère de la Justice ni l’administration de Tsiafahy n’ont commenté les allégations, laissant la question en suspens et alimentant les appels à une réforme du système pénitentiaire malgache.