L'ancien gouverneur de l'État de Benue, Samuel Ortom, a vivement critiqué la gestion actuelle de son successeur, Hyacinth Alia, l'accusant de rompre avec les normes démocratiques et de marginaliser les acteurs clés de la région. Cette sortie médiatique, à l'approche des échéances électorales de 2027, met en lumière des tensions persistantes autour de l'exercice du pouvoir local et de la gouvernance institutionnelle au Nigeria.
Conflits judiciaires et respect des institutions
Au cœur des griefs de Samuel Ortom figure la saisie de 23 véhicules officiels, que l'administration sortante avait pourtant actée comme actifs cédés après plusieurs années de service. Bien qu'une décision de justice ait ordonné la restitution de ces biens et condamné l'État à verser 5 millions de nairas de dommages et intérêts, l'ancien gouverneur affirme que ces injonctions restent lettre morte. Pour Ortom, ce refus d'exécution illustre un mépris flagrant pour l'autorité judiciaire et l'État de droit.
Défis de gouvernance et autonomie locale
L'ancien dirigeant pointe également une centralisation excessive du pouvoir. Selon lui, l'autonomie des collectivités locales est devenue purement théorique, les présidents de conseils municipaux étant dans l'incapacité de mener des projets indépendants ou de rendre compte de leur gestion. Il dénonce par ailleurs l'absence de concertation avec les parties prenantes, affirmant que le gouverneur Alia refuse de convoquer les réunions de dialogue nécessaires, y compris sur les questions de sécurité pourtant préconisées par le président Bola Tinubu.
Un paysage politique en mutation
Au-delà des critiques sur la gestion interne, Samuel Ortom observe une désillusion croissante au sein de la population face à l'écart entre les promesses de campagne et la réalité du terrain. Malgré cette opposition frontale à l'administration de l'État de Benue, l'ancien gouverneur a réitéré son soutien à la réélection du président Bola Tinubu en 2027. Cette position souligne une stratégie politique complexe, où l'alignement avec les autorités fédérales, notamment via le ministre du Territoire de la capitale fédérale Nyesom Wike, coexiste avec une volonté de peser sur les futurs scrutins locaux et législatifs.
Le silence comme outil politique
Samuel Ortom déplore enfin une rupture totale de communication, affirmant que ses tentatives d'échange avec son successeur sont restées sans réponse depuis l'investiture de ce dernier. Il accuse également le gouverneur d'exercer des pressions sur les autorités traditionnelles pour entraver ses déplacements et ses interactions avec les populations locales, un climat qui, selon lui, fragilise la cohésion sociale et le fonctionnement démocratique de l'État.