Une missive publique, signée par un ancien joueur camerounais, interpelle Samuel Eto'o Fils sur sa gestion de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot), accusée de reproduire les méthodes controversées de l’ère Amougou Belinga. Entre pressions judiciaires contre des journalistes, violences présumées envers des acteurs du milieu et un climat de peur généralisé, la lettre met en lumière les dérives d’un pouvoir footballistique perçu comme intouchable.
Une lettre ouverte qui rappelle les heures sombres du football camerounais
Dans une tribune adressée à Samuel Eto'o Fils, président de la Fecafoot, l’auteur – se présentant comme « LE MPODOL » – établit un parallèle troublant entre les méthodes actuelles et celles de l’ancien tout-puissant Jean-Pierre Amougou Belinga. Ce dernier, figure controversée du régime précédent, était connu pour son influence politique et ses réseaux capables de mobiliser ministres, officiers supérieurs et même des magistrats à sa guise. La lettre souligne que les « zegliziens », ces soutiens en ligne souvent violents, agissent aujourd’hui comme les « chiens » d’Amougou Belinga, insultant et menaçant les critiques du pouvoir.
L’auteur s’indigne particulièrement du silence de Samuel Eto'o face à ces attaques, citant des personnalités comme le ministre Mouelle Kombi, le professeur Owona Nguiini ou encore le gardien André Onana, tous pris pour cible par ces groupes. Pour lui, cette passivité équivaut à une complicité, voire à une stratégie délibérée pour museler les voix dissidentes.
Trois mises en garde contre l’arbitraire et la vengeance
La lettre formule trois recommandations clés à Samuel Eto'o Fils, présentées comme des principes à ne jamais enfreindre : ne pas utiliser son pouvoir pour écraser les plus faibles, éviter d’opprimer les plus vulnérables, et surtout ne pas chercher à faire taire les critiques. L’auteur insiste sur le danger que représente le silence d’un dirigeant puissant : « Le silence du sorcier est plus dangereux que ses malédictions ». Il rappelle que les pièges se multiplient lorsque l’on se croit intouchable, citant l’exemple d’Amougou Belinga, aujourd’hui en prison pour des affaires de torture et d’assassinat.
Une attention particulière est portée à la plainte déposée contre le journaliste Alain Denis Ikoul, perçue comme une tentative d’intimidation envers la presse. L’auteur s’interroge : les enquêteurs et magistrats chargés de l’affaire seront-ils impartiaux, ou bien les « bras longs » de Samuel Eto'o écraseront-ils ce « petit orphelin » qui ose critiquer le pouvoir ? La question sous-jacente est celle de l’indépendance de la justice camerounaise, déjà fragilisée par des précédents comme l’affaire Martinez Zogo.
Football camerounais : entre succès et ombres portées
Malgré les critiques, l’auteur reconnaît les avancées récentes sous la présidence d’Eto'o, notamment la victoire des Lionnes du Cameroun en finale de la CAN féminine. Cette performance est saluée comme un rare motif de fierté dans un paysage footballistique camerounais marqué par des années de résultats décevants. Cependant, cette réussite sportive est éclipsée par les tensions internes et les méthodes controversées de gestion.
L’auteur met en garde contre le risque de reproduction des schémas autoritaires qui ont nui à l’image du football camerounais par le passé. Il évoque la possibilité de pièges tendus à Samuel Eto'o lui-même, l’incitant à éviter la vengeance et à se concentrer sur la reconstruction du football national. Une dernière mise en garde, presque prophétique, conclut la lettre : « Si quelque chose arrive à Ikoul, Nyassa Soleil ou Bayang Henry, vous serez le premier suspect ». Un rappel que le pouvoir, même sportif, a des limites et que les comptes se règlent tôt ou tard.