La ville de Saint-Louis, indissociable de son fleuve et de son littoral, se trouve à un tournant de son histoire. Alors que les mutations environnementales menacent son équilibre, le professeur Abdoul Sow, directeur du Centre de recherche et de documentation du Sénégal (Crds), exhorte les décideurs à repenser l'eau non plus comme une contrainte, mais comme le moteur central de son développement économique et social.
Un socle historique et sociétal façonné par le fleuve
L'identité de Saint-Louis est intrinsèquement liée au fleuve Sénégal, qui a dicté son implantation dès 1659. Au-delà de son rôle historique dans le commerce de l'ivoire, l'eau a structuré l'organisation sociale de la cité. La culture des pêcheurs, leur expertise en navigation et les pratiques sportives traditionnelles, telles que la lutte ou les régates, témoignent d'une symbiose profonde entre les populations et leur environnement aquatique. Cette maîtrise de l'eau, ancrée dans les savoir-faire locaux, constitue un patrimoine immatériel qui continue de définir la dynamique sociale de la ville.
Le potentiel inexploité de la « Venise africaine »
Surnommée la « Venise de l'Afrique », Saint-Louis dispose d'atouts naturels et architecturaux capables de séduire un tourisme international de premier plan. Pour le professeur Sow, la valorisation de cette destination exige toutefois une montée en gamme des infrastructures. L'aménagement de quais de débarquement, le développement de croisières fluviales et une politique rigoureuse de propreté urbaine sont des conditions sine qua non pour transformer ce potentiel en revenus durables, à l'instar des modèles européens de gestion du patrimoine aquatique.
Vivre avec l'eau : un impératif d'aménagement
Le défi majeur réside dans la vulnérabilité géographique de la ville, dont 80 % de la superficie est classée en zone inondable. Face à cette réalité, le plaidoyer du Crds est clair : les élus locaux doivent impérativement intégrer la gestion de l'eau dans leurs plans d'urbanisme. Plutôt que de lutter contre la nature, l'intelligence territoriale consiste à concevoir des projets qui « laissent sa place à l'eau ». Cette approche pragmatique est jugée indispensable pour préserver le cadre de vie tout en garantissant la résilience de la ville face aux risques climatiques.