L'Institut français de Tanger inaugure sa rentrée culturelle avec l'exposition « Accords et dissonances, elles s’exposent », réunissant les artistes Safaa Erruas et Ghislaine Portalis. Jusqu'au 30 novembre, la Galerie Delacroix accueille ce dialogue artistique qui déconstruit la notion de douceur, la transformant en un champ de tension entre fragilité, perte et cruauté.
Une exploration plastique de la dualité
L'exposition repose sur la confrontation de deux démarches artistiques distinctes qui utilisent la douceur comme point de départ pour explorer des zones de trouble. Pour Safaa Erruas, la douceur est une approche de l'altérité, une tentative de conquête d'un monde qui menace constamment de se dérober. À l'inverse, Ghislaine Portalis envisage cette même notion comme un leurre, une forme de cruauté latente qui accompagne l'effacement des repères. Leurs œuvres ne cherchent pas l'apaisement, mais soulignent l'oscillation permanente entre la présence et le désastre.
Le voyage et l'espace chez Safaa Erruas
Marquée par l'expérience du confinement, Safaa Erruas a fait évoluer son travail vers une réflexion sur le voyage, entendu comme un déplacement physique et mental. Son œuvre se présente comme une cartographie où l'être humain est défini par son rapport aux espaces géographiques, qu'ils soient subis ou choisis. L'artiste cherche désormais à dépasser les clivages de genre pour proposer une vision de l'humain libérée des assignations territoriales et des frontières cartographiques, interrogeant ainsi la place du corps dans un espace social en constante reconstruction.
La douceur comme récit de la cruauté chez Ghislaine Portalis
Dans le travail de Ghislaine Portalis, la question du genre et de la perte occupe une place centrale. L'artiste s'inscrit dans une réflexion poétique où la douceur devient une expérience inquiétante, une force invisible qui accompagne une forme de dégradation irréversible. Ses créations fonctionnent comme des scénarios où le récit de la cruauté est omniprésent, invitant le spectateur à une lecture incertaine de l'image et du langage. À travers cette mise en scène, Portalis questionne la capacité de l'art à rendre compte de ce qui, dans la douceur, porte en germe sa propre destruction.