Une étude récente menée par l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) a révélé que la quasi-totalité des sachets d’eau vendus dans les rues du Sénégal sont impropres à la consommation. Sur cent échantillons prélevés dans une cinquantaine de marques, à Dakar et à Mbour, 82 % contenaient des matières fécales et ne respectaient pas les normes de potabilité. Seuls 4 % des échantillons analysés étaient conformes aux exigences sanitaires.
Cette contamination expose les consommateurs, en particulier les plus modestes, à des risques sanitaires majeurs. Une eau porteuse de germes fécaux favorise les diarrhées, la typhoïde ou le choléra, dont les cas augmentent avec les fortes chaleurs. Les populations les plus vulnérables, souvent contraintes de se rabattre sur ces sachets en raison de leur faible coût, sont les premières touchées.
Sur le plan réglementaire, des normes microbiologiques existent et la vente de ces produits est soumise à un agrément ainsi qu’à un étiquetage en règle. Cependant, les autorités ont récemment renforcé leurs actions. En mai, une opération de la Brigade de recherches de Dakar a permis la fermeture d’une douzaine d’unités clandestines à Pikine, Thiaroye et Yeumbeul, où des faux agréments et des ateliers mobiles étaient utilisés pour échapper aux contrôles. En juillet, le ministère de l’Industrie et du Commerce a publié une alerte et annoncé des contrôles renforcés dans tout le pays.
Malgré ces mesures, l’étude de l’UCAD a montré que la contamination ne concernait pas uniquement des ateliers clandestins, mais aussi des marques établies sur le marché. Ce constat soulève des questions sur l’ensemble de la filière : une eau de qualité incertaine, ensachée à la chaîne et distribuée sans garantie de conservation, pose un problème structurel. Les autorités peinent à endiguer le phénomène, d’autant que l’interdiction pure et simple de ces sachets pourrait aggraver la précarité des vendeurs et pousser le commerce vers l’informel.
Outre les enjeux sanitaires, ces sachets contribuent également à la pollution urbaine. Jetés par millions, ils obstruent les caniveaux et aggravent les inondations en saison des pluies, tout en alimentant une masse de déchets plastiques non recyclés.