La Banque africaine de développement (BAD) s'apprête à injecter plus de 400 millions de dollars dans le secteur agricole rwandais au cours des trois prochaines années. Cette décision marque une inflexion stratégique majeure pour l'institution, qui cherche à diversifier son portefeuille, jusqu'ici largement dominé par les grands projets d'infrastructures.
Un rééquilibrage vers les secteurs productifs
Depuis 1974, la BAD a investi environ 3,8 milliards de dollars au Rwanda. Toutefois, le portefeuille actuel, évalué à 2,6 milliards de dollars en novembre 2025, reste concentré sur l'énergie (30 %) et l'eau et l'assainissement (34 %). En renforçant son soutien à l'agriculture, la Banque entend répondre aux priorités nationales de développement tout en atténuant les risques liés à une dépendance excessive aux infrastructures lourdes. Ce virage est jugé nécessaire pour stimuler la production agricole, notamment dans des régions comme le Bugesera, où les besoins en adaptation climatique sont critiques.
Optimiser l'exécution des projets
Le rapport de performance 2025 de la BAD souligne une urgence opérationnelle : la part des projets rencontrant des difficultés de mise en œuvre a doublé en deux ans, passant de 13 % en 2023 à 26 %. Les obstacles identifiés incluent des lenteurs dans les processus de passation de marchés, une rotation élevée du personnel et des faiblesses dans la gestion contractuelle. Actuellement, seulement 36 % du portefeuille total a été décaissé, illustrant un décalage entre les engagements financiers et la réalité du terrain.
La stratégie « readiness-first »
Pour garantir l'efficacité des nouveaux investissements agricoles, la BAD introduit une approche dite de « préparation préalable ». Désormais, le lancement effectif d'un projet sera conditionné à la mise en place préalable des équipes clés, des plans d'approvisionnement et des structures de gestion nécessaires. Cette exigence vise à sécuriser les 400 millions de dollars prévus et à transformer ces fonds en résultats tangibles, tels que la création d'emplois et l'augmentation des revenus des agriculteurs.
Une présence maintenue
Malgré ces ajustements opérationnels, l'engagement de la BAD au Rwanda ne faiblit pas. Avec un pipeline de projets en cours dépassant 1,38 milliard de dollars — incluant des initiatives dans l'énergie, l'assainissement et l'ingénierie biomédicale — l'institution confirme sa volonté de rester un partenaire financier de premier plan pour Kigali, tout en adaptant la nature de son intervention aux impératifs de productivité du pays.