L’Assemblée nationale sénégalaise a adopté à une écrasante majorité une révision constitutionnelle étendant l’obligation de déclaration de patrimoine, mais deux députés ont marqué leur opposition. Une victoire symbolique pour le gouvernement, mais un signal politique à décrypter.
Les faits essentiels
La proposition de loi n°33/2026, portée par le député Amadou Bâ (numéro 2 du groupe Pastef-Les Patriotes) et assortie d’amendements gouvernementaux, a été adoptée par 133 voix « pour » sur 135 votants. Aucun député ne s’est abstenu, et douze votes ont été exprimés par procuration. Le texte élargit l’obligation de déclaration de patrimoine, désormais applicable au président de la République, au Premier ministre et au président de l’Assemblée nationale. La publication de ces déclarations sera assurée par le Conseil constitutionnel.
Seuls deux députés ont voté contre : Thierno Alassane Sall et Mouhamadou Diaw, député-maire de Matam. Tous les autres ont approuvé le texte, y compris les amendements gouvernementaux.
Pourquoi c’est important
Cette révision constitutionnelle marque une étape dans la transparence des institutions sénégalaises, en intégrant explicitement le Premier ministre et le président de l’Assemblée nationale dans le dispositif de déclaration de patrimoine. Jusqu’ici, seul le chef de l’État était concerné. L’adoption unanime – à deux voix près – reflète une volonté de renforcer la redevabilité des hauts responsables, dans un contexte où la lutte contre la corruption et les conflits d’intérêts reste un enjeu politique majeur.
Le rôle du Conseil constitutionnel, chargé de rendre publiques ces déclarations, devient central. Son indépendance et sa capacité à garantir la transparence seront scrutées, d’autant que le texte ne précise pas les modalités exactes de publication ni les sanctions en cas de manquement.
Ce qu’il faut surveiller
Plusieurs questions restent en suspens après ce vote. D’abord, la mise en œuvre effective des déclarations de patrimoine par le Premier ministre et le président de l’Assemblée nationale : le calendrier et les critères de publication ne sont pas encore détaillés. Ensuite, l’impact politique de cette révision : les deux voix dissidentes pourraient-elles annoncer une fracture plus large au sein de la majorité ou de l’opposition ? Enfin, le rôle du Conseil constitutionnel sera déterminant pour crédibiliser le dispositif. Une publication partielle ou tardive des déclarations risquerait de fragiliser la légitimité de la réforme.