Figure centrale de la vie institutionnelle gabonaise pendant trois décennies, Marie Madeleine Mborantsuo a récemment levé le voile sur les conditions complexes de la transition démocratique de 1990. À travers un témoignage inédit, l'ancienne présidente de la Cour constitutionnelle éclaire les mécanismes politiques qui ont permis le démantèlement du système de parti unique.
Les défis de la rédaction constitutionnelle
Lors de la conférence nationale tenue à Libreville entre mars et avril 1990, la commission des institutions, forte de près de 300 membres, a dû naviguer dans un climat social et politique particulièrement tendu. Sous la direction de Simon Oyono Aba’a, cet organe devait concilier des visions divergentes au sein d'un aéropage de personnalités politiques influentes, telles que Pierre Louis Agondjo Okawe et Jules Bourdès Ogouliguende. La magistrate souligne la difficulté de cet exercice, où chaque article de la loi fondamentale faisait l'objet de débats prolongés, reflétant une soif de liberté d'expression inédite au sein de la population.
La stratégie du comité restreint
Face à l'enlisement des discussions plénières, une commission ad hoc a été instaurée pour accélérer le processus législatif. Ce groupe restreint, piloté par Pierre Louis Agondjo Okawe, a été chargé de rédiger la loi transitoire. Ce travail de fond, mené sur plusieurs semaines, visait à instaurer un cadre juridique capable de garantir l'État de droit. Le 28 mai 1990, cette constitution transitoire fut adoptée par un collège composé de l'Assemblée nationale et du comité central du Parti démocratique gabonais (PDG), marquant ainsi l'autoflagellation institutionnelle du parti au pouvoir et l'ouverture officielle vers le multipartisme.
Héritage institutionnel et Cour constitutionnelle
Au-delà de la fin du monopartisme, la conférence nationale a posé les jalons d'une nouvelle architecture étatique. Un mandat fut confié à une commission spéciale de juristes, incluant Marie Madeleine Mborantsuo, pour concevoir un système politique représentatif de toutes les composantes de la société gabonaise. C'est dans cette dynamique de réforme profonde que fut créée la Cour constitutionnelle, institution que Mme Mborantsuo a présidée de sa fondation jusqu'en août 2023. Ce retour historique rappelle l'importance des compromis politiques dans la construction des institutions gabonaises contemporaines.