Face à la déforestation galopante et à l'érosion des sols, une vaste opération de reforestation a été lancée à Pavuu, dans la municipalité de Lawra, au Ghana. Ce projet, qui a permis la mise en terre de 16 000 plants de karité, vise à restaurer la biodiversité locale tout en renforçant la résilience économique des communautés rurales.
Un enjeu de survie pour la filière karité
Le secteur du karité en Afrique de l'Ouest fait face à une crise majeure : environ 8 millions d'arbres sont perdus chaque année en raison des feux de brousse, de l'expansion agricole non maîtrisée et de l'abattage. Selon les projections de la Global Shea Alliance, la demande mondiale pourrait excéder l'offre d'ici 2044 si cette tendance se poursuit. L'initiative menée à Pavuu s'inscrit dans un programme plus large visant à protéger 10 millions d'arbres et à restaurer 4 millions d'hectares sur le continent d'ici 2030.
La gouvernance locale comme levier de réussite
Au-delà de l'aspect technique, les organisateurs, dont le Centre pour les connaissances indigènes et le développement organisationnel (CIKOD), insistent sur la nécessité d'une gestion communautaire. L'expérience montre que la régénération naturelle gérée par les agriculteurs peut accroître la productivité des terres cultivables d'au moins 83 % en cinq ans. La réussite du projet repose donc sur l'implication active des autorités traditionnelles et des résidents, chargés de protéger les jeunes pousses contre les menaces immédiates telles que les incendies et l'exploitation illégale du bois.
Vers une transformation industrielle locale
L'ambition dépasse la simple plantation. En s'appuyant sur la loi ghanéenne relative au développement des cultures arboricoles (Act 1010), les autorités régionales appellent à une transition vers une valeur ajoutée industrielle. L'objectif est de sortir de l'exportation exclusive de matières premières pour favoriser le développement de l'agrobusiness local. Cette stratégie vise à garantir des revenus durables aux femmes et aux jeunes, tout en intégrant des avancées agronomiques, comme les techniques de greffage développées par le Cocoa Research Institute of Ghana, pour réduire le temps de maturation des arbres.
Une mobilisation collective pour la pérennité
La pérennité des plantations dépendra de la capacité des communautés à maintenir des mesures de protection, telles que la création de pare-feux. Les leaders traditionnels, désormais en première ligne, encouragent les agriculteurs à adopter des pratiques de plantation multi-espèces le long des limites de leurs parcelles. Cette approche holistique, combinant protection environnementale et vision économique, est présentée comme le seul moyen de garantir la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance des générations futures dans la région du Haut-Ouest.