Repenser l'industrialisation verte africaine pour privilégier la transformation structurelle des économies

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 15 lectures
Repenser l'industrialisation verte africaine pour privilégier la transformation structurelle des économies

L'industrialisation verte en Afrique est trop souvent réduite à une simple mise en conformité avec les standards climatiques internationaux, occultant les besoins réels de développement du continent. Pour transformer durablement ses économies, l'Afrique doit adopter une approche « développementaliste » qui place la création de capacités productives et la valeur ajoutée locale au cœur de ses priorités.

Au-delà du mythe de l'incompatibilité climatique

Le débat mondial tend à opposer croissance économique et décarbonation, une dichotomie qui ne reflète pas la réalité africaine. Avec les plus faibles émissions de gaz à effet de serre par habitant au monde, le continent souffre avant tout d'une précarité énergétique majeure. Au Sénégal, cette tension est palpable : le pays doit concilier l'exploitation de ses nouvelles ressources en hydrocarbures, ses engagements climatiques et la mise en œuvre de sa politique industrielle 2050. Le risque est de voir ces richesses naturelles servir uniquement à l'exportation de matières premières brutes plutôt qu'au renforcement de l'appareil productif national.

Le piège de l'extraction rebaptisée

La définition actuelle de l'industrialisation verte, focalisée sur l'écologisation des mines et de l'énergie, risque de masquer une continuité avec l'ancien modèle extractif. Les minerais dits « critiques » sont définis par les besoins des économies avancées, et non par les impératifs de développement africains. Les chiffres sénégalais de 2025 illustrent cette fragilité : si les exportations ont bondi de 48,5 %, cette hausse est portée par le pétrole brut et l'or, sans pour autant traduire une diversification industrielle réelle. En 2024, la production manufacturière du pays a même enregistré un léger recul de 0,4 %.

Priorités pour une souveraineté industrielle

Pour réussir cette transition, trois leviers sont indispensables. D'abord, l'ancrage national des politiques, qui doivent s'affranchir des agendas des bailleurs de fonds pour répondre aux réalités locales. Ensuite, l'intégration régionale via la ZLECAf, essentielle pour stimuler les échanges de produits manufacturés, qui représentent une part bien plus importante du commerce intra-africain que des exportations vers l'extérieur. Enfin, le rôle moteur du secteur privé national est déterminant. Si le Sénégal montre des signes encourageants avec une augmentation des achats auprès de fournisseurs locaux, l'enjeu demeure la transformation de ces dépenses en capacités technologiques et en compétences durables.

Reconstruire les fondations productives

L'industrialisation verte ne peut se contenter de verdir des structures existantes encore trop faibles. Elle doit être le moteur d'une création industrielle nouvelle. En misant sur les technologies énergétiques pour bâtir des chaînes de valeur locales, l'Afrique peut transformer ses ressources en leviers de développement. Cette stratégie exige une volonté politique forte pour capter la valeur ajoutée sur le continent et bâtir une économie résiliente, conçue par et pour les Africains.

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