Face au paradoxe d'une Afrique riche en ressources mais marquée par une pauvreté persistante, la question de la rareté monétaire devient un enjeu central pour le développement. Le démographe-économiste Clément Roger Yameogo plaide pour une rupture avec l'orthodoxie financière actuelle afin de favoriser l'émergence d'une économie de production.
La monnaie comme levier de transformation productive
L'analyse souligne que la monnaie, dans sa forme moderne, ne dépend plus de l'accumulation de matières premières mais repose sur une convention sociale. Pour l'auteur, la contrainte monétaire actuelle freine inutilement les initiatives entrepreneuriales locales. En illustrant son propos par l'exemple d'une petite entreprise cherchant à se développer, il distingue « la monnaie des hommes », issue de l'épargne réelle, de ce qu'il nomme « la monnaie de Dieu » : une émission monétaire ciblée, orchestrée par la banque centrale, exclusivement dédiée à financer des projets de production rentables et utiles.
Dépasser le dogme de l'inflation
Si les institutions financières craignent traditionnellement l'inflation, cette approche soutient que celle-ci est inévitable dans toute trajectoire de croissance pour les pays en développement. L'inflation observée en Afrique noire serait davantage le résultat d'une insuffisance structurelle de l'offre de biens et services que d'un excès de monnaie. Une politique volontariste, orientée vers la production, permettrait de résorber ce déséquilibre en augmentant la disponibilité des produits sur le marché, ramenant ainsi les prix à l'équilibre sur le long terme.
Le rôle des autorités morales dans le débat économique
Le système actuel, caractérisé par une organisation verticale où les pôles financiers influencent les décisions politiques, semble peu enclin à assouplir les conditions de crédit. Face à ce blocage, l'auteur suggère que les leaders religieux et coutumiers, en tant que forces morales écoutées par une jeunesse en quête d'opportunités, pourraient jouer un rôle d'intermédiaire. En plaidant pour une injection de ressources monétaires destinées à l'investissement productif, ces autorités pourraient contribuer à prévenir les tensions sociales liées au chômage de masse.
Un changement de paradigme nécessaire
Pour sortir de l'impasse, il est jugé impératif d'abandonner la vision archaïque de la monnaie traitée comme une marchandise rare. La transformation économique du continent nécessite que les décideurs publics, les économistes et les médias intègrent une nouvelle compréhension : la monnaie doit être un outil au service de la création de richesse réelle. Sans cette évolution vers une offre monétaire plus souple et orientée vers l'économie productive, le risque d'une instabilité durable demeure une préoccupation majeure pour les sociétés africaines.