L'artiste ghanéen Charles Nii Armah Mensah Jr., plus connu sous le nom de Shatta Wale, a adressé une lettre ouverte au président John Dramani Mahama le 28 septembre. Il y plaide pour l'instauration d'un cadre juridique rigoureux visant à endiguer le harcèlement et la diffamation en ligne, tout en garantissant la préservation des libertés fondamentales garanties par la Constitution de 1992.
Un appel à la concertation nationale
Cette initiative fait écho aux récentes préoccupations exprimées par le président Mahama lors d'un échange avec la diaspora à New York. Le chef de l'État a appelé à une réflexion collective, impliquant notamment l'Association des journalistes du Ghana (GJA) et la Fondation des médias pour l'Afrique de l'Ouest (MFWA), pour définir les modalités de régulation des plateformes comme TikTok. Le président s'interroge sur la manière de lutter contre la désinformation et les menaces sans pour autant entraver le débat démocratique ou justifier des arrestations arbitraires liées à la critique politique.
Vers un cadre juridique équilibré
Shatta Wale, fort de son expérience personnelle face à la désinformation, propose une approche structurée. Il suggère une collaboration entre le Parlement, le pouvoir judiciaire, les forces de sécurité et la société civile pour définir précisément les comportements illicites. L'artiste insiste sur la nécessité d'un contrôle judiciaire indépendant et d'un respect strict de la procédure légale. Il met en garde contre toute législation qui s'apparenterait à un retour des lois sur la diffamation criminelle, abrogées en 2001, et préconise que les sanctions, si elles sont nécessaires, restent proportionnées et axées sur la dissuasion plutôt que sur la répression systématique.
Vérification des comptes et responsabilité
Parmi les mesures concrètes avancées, l'artiste suggère de renforcer la vérification des comptes sur les réseaux sociaux en s'appuyant sur les systèmes existants d'identification, comme la carte nationale ghanéenne et l'enregistrement des cartes SIM. L'objectif est de permettre l'identification des auteurs en cas de harcèlement avéré, tout en protégeant l'anonymat légitime des citoyens. Shatta Wale souligne que ce dispositif ne doit pas devenir un outil de surveillance généralisée, mais un levier pour restaurer la responsabilité dans l'espace public.
L'implication du secteur créatif
Enfin, Shatta Wale exhorte le gouvernement à inclure les acteurs de l'industrie créative dans les discussions à venir. Selon lui, ce secteur possède une expertise précieuse sur la dynamique des commentaires en ligne et la gestion de l'image publique. Il réitère sa volonté de contribuer à ce dialogue national, affirmant que l'enjeu n'est pas de réduire les citoyens au silence, mais de moraliser le débat public tout en sanctuarisant les libertés démocratiques.