Réforme des retraites au Burundi : le défi de l'équité entre secteur public et privé

Par Rédaction KUMBA 2 min de lecture 17 lectures
Réforme des retraites au Burundi : le défi de l'équité entre secteur public et privé

La réforme des pensions de retraite au Burundi, initiée en 2026, cristallise les tensions sociales en raison d'une application à deux vitesses. Alors que les fonctionnaires bénéficient d'une revalorisation indexée sur le dernier salaire, les travailleurs du secteur privé et parapublic se retrouvent exclus, soulevant des questions majeures sur l'équité du système de protection sociale.

Une fracture entre deux régimes de protection

Le système de retraite burundais repose sur deux piliers distincts : l'Office national des pensions et risques professionnels (ONPR) pour les agents de l'État, et l'Institut national de sécurité sociale (INSS) pour le secteur privé et parapublic. La nouvelle formule, qui porte la pension à 60 % du dernier salaire net, est financée par le budget de l'État pour ses propres agents. À l'inverse, l'INSS maintient un calcul fondé sur les cotisations historiques, créant un sentiment d'injustice chez les retraités du privé qui, malgré des années de contributions, voient leurs revenus stagner face à l'inflation.

Le poids des engagements financiers de l'État

L'analyse économique souligne que cette réforme alourdit durablement les finances publiques. Avec une augmentation de la masse mensuelle des pensions de 158 % à l'ONPR, le coût annuel dépasse les 25 milliards de FBu. Cette charge, couplée à un déficit budgétaire national de 441 milliards de FBu, interroge la viabilité du modèle à long terme. L'économiste Jean Ndenzako pointe notamment l'absence de programmation pluriannuelle et le risque de dépendance accrue envers le Trésor public pour maintenir le niveau des prestations.

Vers une nécessaire harmonisation

Face à la grogne sociale, des discussions sont en cours entre la Primature, la Confédération des syndicats du Burundi (Cosybu) et l'Association des employeurs du Burundi (AEB). L'objectif est d'explorer des mécanismes d'extension de la mesure au secteur privé, bien que le financement reste le principal obstacle. L'AEB attend désormais les résultats d'études actuarielles pour évaluer les implications financières d'une telle réforme.

Les risques d'une dualisation durable

Au-delà de la question immédiate des pensions, les experts alertent sur le risque de creuser durablement l'écart entre les deux régimes. Sans une réforme structurelle intégrant des règles de portabilité pour les carrières mixtes et une révision des paramètres de financement, le système risque de décourager la formalisation du travail. La pérennité du dispositif dépendra de la capacité des autorités à clarifier les engagements financiers sur les 20 à 30 prochaines années, tout en évitant de promettre des niveaux de remplacement (jusqu'à 100 %) difficilement soutenables sans une hausse des cotisations ou de la durée d'activité.

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