La Fédération de la Ligue des droits des femmes au Maroc a organisé récemment l’« Agora de l’égalité et du leadership » à Rabat, qui a donné lieu à un constat critique sur le bilan de la législature 2021-2026 en matière d’égalité entre les femmes et les hommes. L’organisation estime que les engagements affichés par les pouvoirs publics n’ont pas été suivis de réformes structurelles à la hauteur des objectifs annoncés.
Les débats ont porté sur les politiques publiques sous l’angle de l’égalité, avec des représentants de la société civile, des partis politiques, des experts, des universitaires, des journalistes et des jeunes venus des différentes régions du Royaume. Les participants ont examiné les données officielles faisant état d’un taux d’activité économique des femmes limité à 19 % et ont relevé qu’environ 81 % des femmes exercent une activité dans l’économie du soin non rémunérée ou dans le secteur informel.
Les défis de l’égalité
Les organisateurs considèrent que ces indicateurs traduisent la faiblesse persistante de l’intégration des femmes dans le tissu économique, malgré les programmes et dispositifs publics mis en avant ces dernières années. La Fédération plaide pour un meilleur accès à la propriété, au financement, au crédit et à la protection sociale, estimant que les politiques publiques ne peuvent se limiter à des mécanismes d’accompagnement ou de soutien ponctuel.
Les participants ont également souligné que l’action publique s’est principalement concentrée sur la facilitation de l’accès aux services bancaires et aux programmes d’appui, sans s’attaquer aux facteurs structurels qui limitent l’autonomie économique des femmes. Les difficultés d’accès à la propriété foncière, aux garanties financières et au crédit, ainsi que le poids des responsabilités familiales et le manque de services publics de proximité, sont autant de contraintes qui continuent de freiner l’entrée des femmes sur le marché du travail et leur maintien dans l’emploi.
La réforme de la Moudawana
La réforme du Code de la famille (Moudawana) a occupé une place centrale dans les discussions. Les participants ont regretté que le projet de révision ne soit toujours pas entré en vigueur, estimant que ce retard maintient « dans la salle d’attente » les droits des femmes, des enfants ainsi que les attentes des jeunes souhaitant fonder une famille fondée sur l’égalité et la dignité.
La Fédération a rappelé que la réforme de la Moudawana ne relève pas uniquement de la question des droits des femmes, mais constitue également un levier de stabilité familiale ainsi qu’un facteur de développement social et économique. L’Agora a appelé à accélérer l’adoption d’une réforme « équitable et équilibrée » du Code de la famille, conforme aux dispositions de la Constitution et aux évolutions de la société marocaine.
En conclusion, la Fédération de la Ligue des droits des femmes considère que les élections législatives de 2026 devront constituer un moment d’évaluation de l’engagement des formations politiques en faveur de l’égalité et des droits des femmes. Elle appelle à des politiques publiques plus efficaces, capables d’accroître la participation économique des femmes et de renforcer leur contribution au développement économique et social du Royaume.