La junte militaire bissau-guinéenne durcit son emprise sur le processus politique en conditionnant la campagne référendaire à une autorisation préalable de la Cour Suprême, marginalisant l’opposition et alimentant les tensions.
Un référendum sous contrôle militaire
Depuis le renversement du président Umaro Sissoco Embalo fin novembre 2025, les autorités militaires ont instauré un régime d’exception en Guinée-Bissau. Leur dernière mesure, exigeant des partis politiques une autorisation de la Cour Suprême pour organiser des meetings de campagne, illustre cette volonté de verrouiller le processus en vue du référendum constitutionnel prévu le 30 août 2026. Une liste, signée par la Cour Suprême, délimite les associations autorisées à militer, région par région, excluant de fait les formations politiques d’opposition et leurs figures emblématiques.
Les sièges des partis restent fermés, les activités politiques suspendues, tandis que des personnalités de second rang, souvent proches du régime, sollicitent des autorisations pour relancer des campagnes locales. Cette stratégie s’inscrit dans un contexte où les voix critiques sont muselées : un haut dirigeant du PAIGC, Carlitos Costa, a été agressé après avoir appelé publiquement à voter contre le projet de constitution, jugé non inclusif et peu représentatif des aspirations populaires.
Une instrumentalisation judiciaire au service d’intérêts partisans
Plusieurs observateurs dénoncent une collusion entre la junte, la Cour Suprême et une poignée d’officiers pour instrumentaliser le référendum. Les restrictions imposées, couplées à des violences contre les opposants, révèlent une tentative de légitimer un texte constitutionnel contesté, sans débat public approfondi. La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), pourtant garante de la stabilité régionale, semble adopter une posture attentiste, malgré l’urgence de la situation.
Ce forcing institutionnel, marqué par des incohérences flagrantes, risque d’exacerber les fractures politiques et de plonger le pays dans une crise durable. La Guinée-Bissau, déjà fragilisée par des décennies d’instabilité, se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins entre un retour à l’ordre constitutionnel et une dérive autoritaire sous couvert de légalité.