Dans son nouvel essai intitulé Les Diarisso, l'économiste et statisticien Sogué Diarisso entreprend une réhabilitation historique majeure du Royaume du Kaniaga. En croisant les traditions orales des griots avec des sources médiévales arabes, l'auteur conteste les récits coloniaux qui ont longtemps minoré le rôle des peuples noirs dans la structuration des grands empires ouest-africains.
La remise en question de l'historiographie coloniale
Sogué Diarisso dénonce une imposture historique héritée des travaux de chercheurs comme Monteil et Delafosse. Selon l'auteur, ces derniers ont délibérément occulté l'influence politique et spirituelle des Koussas, présentés à tort comme de simples mercenaires. Or, les recherches de Diarisso démontrent que ces derniers étaient les véritables architectes de l'Empire du Wagadou (Ghana), agissant comme conseillers suprêmes, intronisateurs des rois et gardiens du pacte économique lié à l'or.
L'émergence du Royaume de Sosso
L'ouvrage retrace l'ascension de la lignée des Diarisso, dont le patriarche Goumouné Fadou fut nommé gouverneur du Kaniaga en 750 par le Kaya Maghan. L'auteur souligne un tournant politique majeur en 1076, lorsque le Kaniaga s'émancipe de l'Empire du Ghana en réaction à son islamisation. Cette autonomie, couplée à des alliances matrimoniales avec les Peuhls Férobé Sô, a donné naissance au Royaume de Sosso, une entité politique et culturelle dont l'importance historique demeure, selon l'auteur, largement méconnue du grand public.
La tragédie oubliée du Kaniaga
Au-delà de l'analyse politique, le texte met en lumière un épisode sombre : la quasi-extinction des Diarisso sous le règne de Soumangourou Kanté, identifié ici comme le tyran Garaghé. Sogué Diarisso qualifie cet événement de « génocide du Moyen Âge africain ». Par cette publication, l'auteur entend non seulement restaurer la mémoire de sa lignée, mais aussi interpeller sur les tentatives contemporaines de réappropriation de cet héritage par les descendants des bourreaux de l'époque. Il appelle ainsi à une réappropriation du récit historique par les Africains eux-mêmes, afin de briser ce qu'il nomme le « miroir déformant » des sources étrangères.