Le Bureau central de recensement de la République démocratique du Congo a récemment annoncé la création de 160 000 emplois directs dans le cadre du deuxième Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH II). Si cette perspective d'emploi est notable, la disparité des chiffres avancés par les institutions partenaires et l'ampleur du défi logistique soulèvent des questions sur le pilotage de cette opération d'envergure nationale.
Une architecture humaine complexe
L'annonce de 160 000 emplois directs intervient dans un contexte de flou statistique, alors que des estimations antérieures oscillaient entre 150 000 et 200 000 agents. Cette variation s'explique en partie par la définition du périmètre : le Bureau central de recensement inclut désormais, outre les agents recenseurs, les superviseurs, coordonnateurs et le personnel de saisie. Sur la base de 130 735 aires de dénombrement identifiées par imagerie satellitaire, le chiffre de 160 000 semble correspondre à un ratio standard d'un agent par aire, complété par environ 30 000 encadrants. Ce dimensionnement, bien que cohérent, reste à confirmer par une ventilation officielle des postes.
Comparaison et réalisme opérationnel
Pour évaluer la pertinence du dispositif congolais, le point de comparaison ivoirien est instructif. En 2021, la Côte d'Ivoire a mobilisé un ratio de tablettes par habitant quasi identique à celui prévu pour la RDC, soit environ une unité pour 750 personnes. Ce parallèle suggère que le projet congolais n'est pas surdimensionné, mais plutôt calibré à l'échelle d'une population estimée à plus de 100 millions d'habitants. Toutefois, l'écart avec le recensement de 1984, qui mobilisait environ 10 000 personnes, illustre l'ampleur de la montée en charge logistique nécessaire pour couvrir un territoire vaste et une population multipliée par près de quatre.
La phase de cartographie comme test
Avant le grand dénombrement prévu pour 2027, l'étape actuelle consiste en la cartographie censitaire. Plus de 11 000 opérateurs cartographes doivent être déployés sur le terrain pour valider les limites des aires de dénombrement. Ce recrutement, qui exige un niveau d'études supérieures et des compétences numériques, constitue un premier test de capacité pour les autorités. Le succès de cette phase repose sur une logistique dématérialisée, notamment via le paiement numérique des salaires, une innovation qui devrait permettre une traçabilité accrue des effectifs déployés.
Les zones d'ombre à surveiller
Malgré les annonces, plusieurs zones d'ombre persistent. L'absence de détails sur la rémunération des agents et le manque d'études d'impact sur les emplois indirects annoncés — dans la restauration ou le transport — laissent planer une incertitude sur les retombées économiques réelles. La transparence sur la gestion des flux financiers et la confirmation des effectifs réels lors des prochaines étapes seront déterminantes pour garantir la crédibilité de ce recensement, indispensable à toute planification publique sérieuse en RDC.