Le Conseil de sécurité de l’ONU a lancé un processus de sélection opaque pour désigner son futur secrétaire général, où la Costaricaine Rebeca Grynspan émerge comme favorite après un premier vote indicatif. Ce scrutin, marqué par des divisions persistantes entre les cinq membres permanents, pourrait s’étendre sur plusieurs mois, dans un contexte où l’Amérique latine et la parité féminine s’imposent comme des priorités.
Un vote indicatif révélateur, mais non décisif
Lors d’une réunion à huis clos, les 15 membres du Conseil de sécurité ont émis des avis anonymes sur sept candidats en lice pour succéder à António Guterres, dont le mandat s’achève le 31 décembre. Rebeca Grynspan, ancienne vice-présidente du Costa Rica et directrice de la Cnuced, a recueilli le plus de mentions « encourager », devançant notamment l’ancienne ministre guyanienne Carolyn Rodrigues-Birkett et le directeur de l’AIEA, Rafael Grossi. Six des prétendants ont déjà été auditionnés, tandis que le septième, Olara Otunnu, sera entendu ultérieurement.
Ce « vote indicatif », introduit dans les années 1980 pour débloquer des impasses entre candidats, ne garantit en rien une issue favorable. Il permet surtout d’écarter les profils jugés non viables, sans que les préférences des cinq membres permanents – États-Unis, Russie, Chine, France et Royaume-Uni – ne soient dévoilées. Ces derniers, dont les divisions paralysent souvent l’organisation, détiennent un pouvoir de veto décisif, même si un candidat obtient les neuf voix requises au Conseil.
Amérique latine et parité : les deux piliers d’un choix controversé
La tradition géographique, bien que rarement respectée, pèse lourdement dans cette sélection. L’Amérique latine, qui n’a jamais occupé le poste, revendique cette fois le siège, comme en témoigne la majorité des candidats originaires de la région. Parallèlement, une forte pression s’exerce pour que l’ONU soit dirigée pour la première fois par une femme, une ambition portée notamment par le Panama, qui en a fait une priorité. Ces deux critères, combinés à l’opacité du processus, alimentent les spéculations sur l’issue finale.
Les réactions des États membres reflètent cette incertitude. Si certains, comme les États-Unis, appellent à privilégier la compétence sans précipitation, d’autres soulignent l’importance de réduire la bureaucratie au profit d’une présence accrue sur le terrain. Le Pakistan, quant à lui, insiste sur la nécessité de choisir « le meilleur » candidat, sans trancher entre les priorités géographiques ou genrées.
Le prochain tour de scrutin, dont la date reste à déterminer, introduira une nuance dans le processus : les bulletins des cinq membres permanents seront distinguables, permettant d’identifier d’éventuels veto sans en révéler l’auteur. Une subtilité qui illustre la complexité d’un système conçu pour concilier transparence et réalpolitik.