Un projet de loi validé par la Cour constitutionnelle congolaise pourrait permettre au président Félix Tshisekedi de briguer un troisième mandat, malgré les limites constitutionnelles. Dans un contexte de tensions sécuritaires et politiques, cette initiative suscite des craintes de déstabilisation.
Un texte juridique controversé aux contours flous
La Cour constitutionnelle a donné son aval à un projet de loi permettant de réviser les « matières interdites » de la Constitution en cas de « dysfonctionnement majeur » des institutions. Ce mécanisme, initié par le président, pourrait aboutir à une nouvelle Constitution ou à une révision des limites de mandats, offrant à Tshisekedi la possibilité de se représenter en 2028. Bien que le chef de l’État ait nié solliciter un troisième mandat, il a laissé entendre qu’il céderait à une demande populaire.
Les opposants dénoncent une manœuvre pour contourner la limite de deux quinquennats, d’autant que les pouvoirs législatif et judiciaire sont perçus comme peu indépendants. Une assemblée constituante, contrôlée par une majorité des trois cinquièmes, pourrait valider ces changements avant un référendum. La société civile, fragmentée, peine à mobiliser contre ce projet, tandis que la communauté internationale est appelée à réagir.
Conflit à l’Est et opposition affaiblie : un contexte explosif
La résurgence du groupe M23, soutenu par le Rwanda, dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu a renforcé la popularité de Tshisekedi. Ce conflit, marqué par des combats persistants malgré un accord de paix signé en décembre, a alimenté un nationalisme populiste favorable au pouvoir. Cependant, l’insécurité dans ces régions pourrait perturber le processus électoral ou référendaire, privant une partie de l’électorat de sa voix.
L’opposition, morcelée après sa défaite aux dernières élections, tente de s’unir sous la bannière de la coalition « C64 » pour bloquer la réforme. Une manifestation à Kinshasa le 12 juin a dégénéré, faisant au moins un mort parmi les manifestants. Malgré l’annonce d’un dialogue national par le gouvernement, les opposants maintiennent leur pression, exigeant des garanties avant le 15 août sous peine de relancer les mobilisations.