RDC : La riposte contre Ebola face au défi de l'adhésion communautaire

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 22 lectures
RDC : La riposte contre Ebola face au défi de l'adhésion communautaire
Photo par Abubakar Ogaji sur Pexels

Trois mois après le début de l'épidémie d'Ebola dans l'est de la République Démocratique du Congo, la stratégie de riposte sanitaire se heurte à une méfiance persistante des populations locales. Avec plus de 100 attaques recensées contre les équipes médicales, les autorités sanitaires, dont Africa CDC, réévaluent leur approche pour intégrer davantage les structures villageoises dans la gestion de la crise.

Un climat d'insécurité pour les équipes médicales

La multiplication des agressions, illustrée récemment par l'incendie d'ambulances à la frontière ougandaise et des violences lors d'enterrements, souligne la fragilité du dispositif de terrain. Ces incidents ne sont pas isolés et témoignent d'une rupture de confiance entre les acteurs de la riposte et les communautés. Le Dr Yap Boum, coordinateur de la riposte pour Africa CDC, souligne que ces tensions sont exacerbées par une perception de la maladie qui diffère de celle des experts internationaux, créant un terrain propice aux résistances violentes.

Les racines de la défiance communautaire

Au-delà de la peur du virus, la résistance s'ancre dans des préoccupations socio-sanitaires quotidiennes. À PK51, épicentre actuel de l'épidémie, les habitants dénoncent la fermeture de structures de santé privées nécessaires aux soins courants, comme les accouchements ou le traitement du paludisme. Cette concentration des ressources sur Ebola, perçue comme une « armada » extérieure, occulte les besoins sanitaires immédiats des populations. De plus, l'opacité perçue autour des financements alloués à la lutte alimente un sentiment d'exclusion chez les citoyens, qui ne voient pas de retombées concrètes pour leur communauté.

Vers une gouvernance locale de la riposte

Pour pallier ces blocages, une nouvelle stratégie centrée sur le village est en cours de déploiement. L'objectif est d'impliquer directement les chefs de village, jusqu'ici tenus à l'écart, dans la désignation des relais communautaires. Cette approche vise à transformer les protocoles sanitaires, notamment les enterrements sécurisés, en les adaptant aux rites culturels locaux. En négociant avec les familles et les leaders religieux, les équipes de santé cherchent à concilier les impératifs d'hygiène avec le respect des traditions funéraires, comme le lavage des corps, afin de réduire les risques de contamination tout en préservant la dignité des défunts.

Des indicateurs d'efficacité à définir

Bien que cette méthode soit encore en phase d'implémentation, les autorités sanitaires prévoient d'évaluer son succès à travers des indicateurs de terrain précis. La réduction des alertes manquées, la sécurisation systématique des inhumations et, surtout, la disparition des actes de résistance envers le personnel soignant constitueront les baromètres de cette nouvelle collaboration. L'enjeu est de passer d'une réponse imposée à une gestion co-construite, où le village devient le premier acteur de sa propre protection sanitaire.

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