La huitième réunion tripartite entre la République démocratique du Congo, la Tanzanie et le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) s'est ouverte à Lubumbashi pour définir les modalités d'un rapatriement volontaire de 87 553 ressortissants congolais. Ce processus, qui s'inscrit dans un contexte sécuritaire complexe, vise à concrétiser le droit au retour tout en garantissant des conditions de dignité et de sécurité conformes aux engagements internationaux des deux États.
Une population en attente de solutions durables
La grande majorité des réfugiés congolais en Tanzanie réside dans le camp de Nyarugusu, dans la région de Kigoma. Si certains y vivent depuis près de trente ans, l'instabilité persistante dans l'Est de la RDC continue d'alimenter les flux migratoires, avec plus de 4 500 nouvelles arrivées enregistrées depuis janvier 2025. Malgré la signature d'un accord tripartite initial en 2005, les retours effectifs sont restés quasi inexistants ces cinq dernières années, contrastant avec les mouvements de population observés pour d'autres nationalités dans la région.
Les défis sécuritaires et financiers
La réussite de ce rapatriement se heurte à deux obstacles majeurs. D'une part, le sous-financement chronique des opérations humanitaires limite drastiquement les capacités d'accueil et de soutien : le HCR n'a reçu qu'une fraction des fonds nécessaires en 2025, entraînant une réduction des rations alimentaires. D'autre part, la situation sécuritaire dans les zones de retour, notamment au Sud-Kivu et au Tanganyika, demeure préoccupante. Les autorités misent sur les processus de paix en cours pour stabiliser ces régions et permettre une réinstallation pérenne.
La rigueur du cadre juridique
Le gouverneur du Haut-Katanga a insisté sur le caractère « volontaire, digne et sécurisé » du retour, des principes ancrés dans la convention de l'Organisation de l'unité africaine de 1969. Kinshasa porte une responsabilité centrale dans ce dispositif : celle de faciliter la réintégration des citoyens et de leur garantir l'accès aux mêmes droits que le reste de la population. Un exercice de vérification mené en juillet 2026 auprès de près de 86 000 personnes devrait permettre d'affiner la stratégie de retour, bien que les résultats définitifs restent attendus pour orienter la feuille de route opérationnelle.
Un contexte régional contrasté
La RDC fait face à une situation paradoxale : tout en cherchant à rapatrier ses ressortissants, le pays accueille plus de 600 000 réfugiés étrangers et gère une crise interne majeure avec plus de 6 millions de déplacés. Pour les décideurs réunis à Lubumbashi, l'enjeu est de transformer un cadre diplomatique vieux de deux décennies en une solution concrète, alors que la Tanzanie a récemment démontré, par la gestion des retours burundais, une volonté d'accélérer la fermeture des camps de réfugiés sur son territoire.