Quinze ans après la chute du régime de Mouammar Kadhafi, la Libye demeure un pays profondément fracturé, incapable de restaurer une souveraineté unifiée. L'absence de transition politique effective a laissé place à une dualité de pouvoirs qui, loin d'être une phase transitoire, s'est transformée en un système durable et complexe.
Une escalade sécuritaire persistante
Le quinzième anniversaire de la révolution a été marqué par une recrudescence de la violence, illustrant la fragilité sécuritaire du territoire. L'assassinat du général al-Mansouri, figure du renseignement sous le maréchal Khalifa Haftar à Benghazi, et les frappes de drones contre des infrastructures énergétiques à Zawiya, soulignent la persistance des tensions entre l'Est et l'Ouest. Ces événements rappellent que les deux administrations parallèles continuent de s'affronter par procuration, rendant toute perspective de réconciliation nationale lointaine.
Le verrouillage du statu quo politique
L'échec des élections générales prévues en 2023 a scellé l'impasse politique. Au fil des ans, les élites locales, les appareils sécuritaires et les réseaux économiques ont consolidé leurs positions, rendant le statu quo plus avantageux pour les acteurs en place qu'une unification de l'État. Cette dernière exigerait une redistribution profonde des richesses et des influences que les factions actuelles refusent d'envisager. Parallèlement, la marginalisation des partis politiques et le retrait des cadres qualifiés, lassés par une vie publique devenue toxique, privent le pays de forces vives capables de porter des réformes structurelles. L'assassinat de Saïf al-Islam Kadhafi, dont les circonstances demeurent opaques, illustre également la violence qui entoure toute tentative de recomposition politique.
L'interdépendance pétrolière comme moteur de la division
L'économie libyenne, quasi exclusivement dépendante de l'or noir, est devenue le socle paradoxal de cette partition. Le pétrole est majoritairement extrait dans les zones sous contrôle du maréchal Haftar, tandis que les revenus sont gérés par les institutions financières basées à Tripoli. Cette interdépendance forcée a engendré un arrangement financier tacite : les deux camps se partagent les revenus pétroliers sans pour autant chercher à unifier les institutions étatiques. Ce mécanisme de survie mutuelle, bien qu'il permette une forme de fonctionnement économique, agit comme un frein majeur à la réunification, en offrant aux deux pouvoirs rivaux les moyens de se pérenniser sans avoir à répondre aux aspirations de la population libyenne pour une vie stable et prospère.