Quinze ans après la chute du régime de Mouammar Kadhafi, la Libye peine à retenir sa jeunesse qualifiée. Pour de nombreux professionnels, le départ vers l'étranger n'est plus seulement une nécessité liée aux conflits passés, mais une stratégie de survie face à l'absence de perspectives concrètes dans un pays marqué par l'instabilité politique et la corruption.
Une génération en quête d'avenir
Pour Sarah Mizran, architecte, et Nader Elgadi, entrepreneur, le départ vers le Royaume-Uni a été le résultat d'un environnement devenu impraticable. Si le premier a quitté Tripoli pour poursuivre des études supérieures, le second a été contraint de reconstruire sa vie après que les affrontements de 2014 ont menacé son activité. Aujourd'hui, ces profils qualifiés soulignent que le pays perd bien plus que des compétences techniques : il perd sa capacité à se projeter dans l'avenir. Pour ces expatriés, le retour reste un horizon lointain, conditionné par l'émergence d'un cadre national stable et crédible.
Le blocage des institutions
L'analyse de Tarek Megerisi, chercheur au Conseil européen pour les relations étrangères, met en lumière un paradoxe : si la Libye dispose encore de cadres compétents au sein de ses ministères, ces derniers se heurtent à une hiérarchie souvent peu encline à la réforme. Selon lui, la période post-révolutionnaire a été marquée par une captation des postes de pouvoir par des figures dont les qualifications ont été surestimées, reproduisant les travers de l'ancien système. Cette sclérose administrative décourage les jeunes professionnels qui, après avoir espéré une transition démocratique, se retrouvent face à une impasse institutionnelle.
L'impact réel sur la reconstruction
L'ampleur de cette fuite des cerveaux fait l'objet de débats parmi les experts. Si certains observateurs, comme Toby Chitayat du cabinet CRI Menas, estiment que l'impact de cet exode sur la gouvernance globale reste minime face aux enjeux structurels — tels que la volatilité des revenus pétroliers et la division est-ouest —, d'autres soulignent que le potentiel de reconstruction est directement lié à la confiance des citoyens. Pour les membres de la diaspora, la question du retour ne pourra être résolue que par la création d'un environnement où il est possible de bâtir une vie durable, et non par de simples appels patriotiques.