Le Québec va réviser d'ici 2029 les règles de répartition des subventions aux services de garde, un changement qui pousse plusieurs établissements à réduire ou supprimer le recours à des orthophonistes et à des éducatrices spécialisées. Les coupes déjà observées soulèvent des inquiétudes quant à la continuité du soutien aux enfants à besoins particuliers.
Nouvelle formule de répartition des subventions
Le ministère de la Famille indique que le montant total alloué aux garderies reste inchangé, mais que la méthode de distribution évoluera. À partir de 2029, le financement sera calculé en fonction du nombre total d’enfants accueillis, sans distinction entre ceux qui ont ou non un diagnostic de besoins particuliers. Le modèle précédent accordait un financement majoré aux établissements accueillant davantage d’enfants diagnostiqués.
Impact immédiat sur les services spécialisés
Des garderies de la Montérégie ont déjà mis fin à leurs collaborations avec l’orthophoniste Stéphanie Poirier, qui intervenait ponctuellement dans cinq des sept structures concernées. D’autres établissements ont supprimé des postes d’éducatrices spécialisées, invoquant l’impossibilité de les financer. La firme de Marie‑Josée Trottier, qui fournit orthophonistes et psychoéducatrices à une trentaine de garderies montréalaises, signale que près d’une dizaine de CPE ont réduit leurs contrats de moitié, diminuant ainsi le nombre de jours de présence des professionnelles.
Réactions des acteurs du secteur et des familles
Marie‑Philippe Rodrigue, présidente du conseil d’administration de l’Association québécoise des orthophonistes et audiologistes, rapporte des témoignages de spécialistes indiquant une baisse de la fréquence des visites ou des ruptures totales de services. Elle alerte sur le risque de « bris de services » qui pourrait compromettre le développement scolaire des enfants concernés. Du côté des parents, Geneviève Bégin, dont le fils de deux ans souffre d’une affection génétique rare, décrit la procédure de demande du Supplément pour enfant handicapé comme « très lourde », craignant un refus qui priverait son enfant du soutien actuel.
Enjeux d’équité et perspectives
Le ministère justifie la réforme en affirmant qu’elle rendra le soutien plus simple, plus rapide et plus équitable, notamment en évitant l’attente d’un diagnostic spécialisé. Toutefois, les professionnelles soulignent que la nouvelle répartition ne tient pas compte des concentrations géographiques d’enfants à besoins particuliers, ce qui pourrait reproduire des inégalités entre régions. La situation reste à suivre, les garderies devant concilier contraintes budgétaires et obligations d’inclusion.