Le Québec et Terre-Neuve-et-Labrador ont conclu un accord historique pour sécuriser 10 000 MW d’électricité en provenance du Labrador, marquant une rupture avec les conditions désavantageuses héritées des années 1960. Cet accord, assorti d’un financement fédéral de 10 milliards de dollars, pourrait redéfinir l’équilibre énergétique entre les deux provinces, tout en relançant des projets majeurs comme la centrale de Gull Island et un parc éolien de 2 000 MW.
Les faits essentiels
Le gouvernement québécois a signé une entente non définitive avec Terre-Neuve-et-Labrador, lui permettant d’accéder à 10 000 MW d’électricité sur les 14 000 MW potentiels du Labrador. Le prix moyen de 6,2 cents par kilowattheure (kWh) – soit 5,5 cents en dollars de 2024 – représente une nette amélioration par rapport aux 0,2 cent/kWh payés historiquement pour l’électricité de Churchill Falls.
Cet accord inclut une part de l’énergie produite par Churchill Falls, mais aussi par la future centrale de Gull Island (prévue pour 2034-2035) et un projet éolien de 2 000 MW actuellement à l’étude. Le fédéral a annoncé un financement de 10 milliards de dollars, dont 6,5 milliards destinés au Québec, sans droit de gouvernance. Hydro-Québec s’engage quant à elle à investir 45 milliards de dollars pour concrétiser Gull Island, renforcer Churchill Falls et construire les infrastructures de transport.
L’entente doit encore être ratifiée par toutes les parties avant mars 2027. Le premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador n’exclut pas un référendum local, tandis que le Parti québécois, favori des sondages, s’est engagé à rejeter cet accord.
Pourquoi c'est important
Cet accord représente une avancée majeure pour le Québec, qui cherche à diversifier et sécuriser son approvisionnement énergétique. La renégociation des termes de Churchill Falls, initialement signés dans des conditions jugées défavorables, illustre une volonté de rééquilibrer les relations interprovinciales. L’inclusion de Gull Island et d’un parc éolien souligne aussi une transition vers des sources d’énergie plus durables.
Le rôle du gouvernement fédéral, via un financement de 10 milliards, pourrait renforcer la cohésion nationale dans un secteur stratégique. Cependant, l’absence de droit de gouvernance sur ces fonds limite son influence directe sur la gestion du projet. Pour Terre-Neuve-et-Labrador, cet accord ouvre des perspectives économiques, mais soulève des questions sur la souveraineté énergétique locale.
Ce qu'il faut surveiller
Plusieurs étapes clés restent à franchir avant l’entrée en vigueur de l’accord. D’abord, la ratification par les parlements provincial et fédéral, ainsi que par les instances locales de Terre-Neuve-et-Labrador, d’ici mars 2027. Un référendum pourrait être organisé dans cette province, ce qui pourrait retarder ou modifier les termes de l’entente.
Sur le plan économique, le coût total du projet, estimé à 70 milliards de dollars, et la répartition des investissements entre les parties devront être précisés. Hydro-Québec devra également clarifier les modalités de financement et les retombées pour les consommateurs québécois. Enfin, l’évolution des relations entre les deux provinces, marquées par des tensions historiques, sera un facteur déterminant pour la pérennité de cet accord.