Le Cameroun marque cette année le 44e anniversaire de l'accession au pouvoir de Paul Biya, une longévité politique exceptionnelle qui divise entre bilan de stabilité institutionnelle et urgences structurelles. Alors que le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) célèbre cette continuité, le pays se trouve confronté à des tensions socio-économiques et sécuritaires qui interrogent son avenir à court et moyen terme.
Les paradoxes d'une économie sous tension
Malgré la réalisation de grands projets d'infrastructures, tels que le port en eau profonde de Kribi et divers chantiers énergétiques, la trajectoire économique du pays peine à répondre aux besoins d'une population très jeune. Avec une dette publique dépassant les 15 000 milliards de francs CFA et un score de 26/100 à l'indice de Transparency International, la corruption systémique entrave l'efficacité des dépenses publiques. Cette situation limite l'investissement privé et freine la création d'emplois, laissant une jeunesse diplômée face à un chômage endémique et une vie chère persistante.
Fractures sociales et accès aux soins
Le décalage entre une élite dirigeante à l'âge avancé et une population dont l'âge médian est de 18 ans accentue les tensions sociales. Ce fossé se manifeste également dans le système de santé, caractérisé par une concentration des infrastructures de référence à Yaoundé et Douala, au détriment des zones rurales. La lenteur du déploiement de la Couverture Santé Universelle (CSU) et le recours fréquent des élites aux évacuations sanitaires à l'étranger soulignent l'urgence d'une réforme profonde du secteur pour garantir un accès équitable aux soins.
Défis sécuritaires et instabilité régionale
La stabilité nationale, pilier du discours officiel, est mise à l'épreuve par plusieurs foyers de tension. Le conflit sécessionniste dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest continue de provoquer des pertes humaines et des déplacements massifs de populations. Parallèlement, l'Extrême-Nord reste sous la menace constante des incursions de Boko Haram, tandis que la porosité des frontières à l'Est expose le pays aux débordements des crises centrafricaines. Ces enjeux sécuritaires pèsent lourdement sur la cohésion nationale et la gestion des flux de réfugiés.
L'incertitude de l'après-Biya
À 93 ans, le président Paul Biya, réélu en 2025, cristallise les débats sur la succession au sein du sérail. Alors que le parti au pouvoir se concentre sur la préparation des prochaines échéances électorales, l'opposition et la société civile dénoncent un verrouillage de l'espace démocratique. La question de la transition politique demeure l'inconnue majeure, oscillant entre les craintes d'une instabilité accrue et les appels pressants à une refonte républicaine pour répondre aux aspirations de la jeunesse.