Le premier roman de Sarah Tadlaoui, Croire au code, dissèque la trajectoire d'une experte en intelligence artificielle issue d'un milieu populaire propulsée dans l'univers des géants de la tech. À travers une écriture incisive, l'auteure interroge les limites de la méritocratie face à des structures sociales opaques et des dynamiques de pouvoir souvent brutales.
La rationalité mathématique face à l'imprévu social
La narratrice, docteure en algorithmes, aborde sa carrière avec la même rigueur qu'elle applique au développement informatique. Convaincue que la maîtrise technique et l'optimisation constante des comportements suffisent à garantir une ascension sociale, elle tente de modéliser sa propre existence. Cette approche, qui privilégie les faits et les données, se heurte rapidement à une réalité où les règles ne sont pas toujours explicites. Le récit illustre comment cette quête de conformité, poussée à l'extrême, finit par fragiliser l'identité même de l'héroïne.
Le choc des cultures dans l'open space
L'ouvrage met en lumière le décalage entre la logique binaire du code et la complexité des interactions humaines en entreprise. L'héroïne découvre une « novlangue » propre au marketing digital, dissimulant des rapports de force marqués par le sexisme et des ambitions dévorantes. Ce contraste est exacerbé par sa relation avec un partenaire issu d'un milieu privilégié, pour qui les épreuves de la vie ne sont que des anecdotes, soulignant ainsi le poids des déterminismes sociaux que la seule compétence technique ne parvient pas à effacer.
Une réflexion sur l'effacement de soi
Au-delà de la critique du monde de la tech, le roman explore le coût psychologique de l'assimilation. En cherchant à s'adapter aux standards des grandes entreprises, la protagoniste en vient à dissoudre ses origines et ses priorités personnelles. Sarah Tadlaoui, qui a elle-même exercé chez Google, utilise cette expérience pour décrire le stress quotidien des espaces de travail numérisés, où la performance est constamment scrutée et où les relations humaines sont souvent parasitées par des jeux d'influence internes.