Dans un monde où les écrans sont omniprésents, la politologue française Chloé Morin propose de nommer un nouveau type d’isolement, le « déliement », qui se situe entre la solitude ordinaire et la désolation profonde. Ce concept, présenté lors du webinaire Zoom Zoom Zen, sert à interroger la capacité des individus à s’engager pleinement dans leur existence à l’ère de l’ultra‑connexion.
Définition du déliement : un état intermédiaire
Le « déliement » désigne une condition où l’individu, bien que constamment relié aux plateformes numériques, ressent une forme de détachement qui l’empêche d’investir réellement dans sa vie personnelle et collective. Selon Morin, il s’agit d’une zone grise entre la simple solitude – l’absence de contacts physiques – et la désolation, qui implique une perte de sens et de repères.
Les moteurs technologiques du phénomène
Les réseaux sociaux, les intelligences artificielles conversationnelles et les applications de rencontre constituent, selon l’auteure, le socle d’un système qui transforme la solitude en une « émancipation » apparente. Les algorithmes, en personnalisant les flux d’information, créent des bulles où l’interaction devient superficielle, tandis que les jeux en ligne et les assistants virtuels offrent des compagnons artificiels qui remplacent les liens humains authentiques.
Conséquences pour la cohésion sociale et les politiques publiques
Ce nouveau mode d’isolement soulève des questions majeures pour les décideurs. Si les citoyens se sentent « optionnels », la participation civique et le sentiment d’appartenance à une communauté peuvent s’éroder. Les experts en santé publique et en politique sociale sont appelés à envisager des mesures qui favorisent le « dé‑connexion » volontaire, la promotion d’espaces de rencontre physiques et l’éducation aux usages critiques du numérique.
L’essai « Déliés » et les débats académiques
L’ouvrage de Morin, publié aux éditions de l’Observatoire, s’intitule « Déliés : compagnons IA, réseaux sociaux, jeux en ligne, applis de rencontres : quand la solitude devient un système ». Il rassemble des analyses issues de la sociologie, de la science politique et des études sur les médias, et a déjà suscité des discussions dans les milieux universitaires et parmi les acteurs du secteur technologique. Le livre propose également des pistes de réflexion pour réinventer les formes de sociabilité à l’ère digitale.