Sous le coup de sanctions internationales renforcées depuis 2017, Pyongyang a bâti un programme cyber étatique présenté comme l'un des plus lucratifs au monde. Un rapport conjoint des entreprises Sekoia et Kudelski Security, dont les conclusions sont rendues publiques ce lundi, chiffre à quelque 6 milliards de dollars le produit des opérations menées par des hackers nord-coréens depuis 2022.
Une machine à cash au service du régime
Selon Coline Chavane, experte cyber chez Sekoia, la Corée du Nord se distingue par un programme offensif conçu avant tout pour rapporter de l'argent. « C'est l'un des seuls pays à avoir un programme cyber qui est vraiment rentable », explique-t-elle, soulignant une menace « peu sophistiquée en apparence, mais très lucrative ». En 2025, un seul piratage contre une plateforme d'échange de cryptomonnaies aurait rapporté environ 1,5 milliard de dollars à Pyongyang.
Des recrutements piégés pour infiltrer les entreprises
Au-delà de l'exploitation de failles informatiques et du vol de données, les hackers nord-coréens utilisent une méthode d'infiltration particulièrement efficace : se faire embaucher à distance par des entreprises occidentales sous de fausses identités. En décrochant un poste, ils accèdent aux systèmes internes et peuvent exfiltrer des fonds ou des données sensibles. Cette technique, assimilée à un jackpot silencieux, transforme chaque embauche compromise en source directe de revenus pour le régime.
L'opération DreamJobs continue de frapper, y compris en France
La France ne figure pas parmi les cibles prioritaires de Pyongyang, mais elle n'est pas épargnée pour autant. L'opération DreamJobs illustre cette porosité : des pirates se présentent comme recruteurs et envoient un fichier PDF d'offre d'emploi à des candidats. Un simple clic suffit à infecter la machine de la victime. Le phénomène prend de l'ampleur ces derniers mois, selon Sekoia, et concerne autant les particuliers que les entreprises sollicitant des profils techniques.
Un financement direct des programmes nucléaires et balistiques
L'objectif final de ces opérations est connu : financer les programmes d'armement du régime, notamment nucléaire et balistique, en contournant l'étau des sanctions internationales. La rentabilité du cybercrime nord-coréen en fait désormais un instrument stratégique à part entière, aussi structuré qu'un ministère, et dont les gains se mesquent en milliards. La multiplication des attaques contre les plateformes de cryptomonnaies, plus difficiles à tracer, renforce la capacité de Pyongyang à transformer le numérique en levier géopolitique.