Le gouvernement nigérian a remporté une victoire décisive devant la Chambre de commerce internationale (CCI) de Paris dans le litige l'opposant à la société Sunrise Power & Transmission Company Limited concernant le projet hydroélectrique de Mambilla. Cette issue favorable a été largement facilitée par l'exploitation de preuves issues d'une enquête journalistique sur les Pandora Papers, révélant des liens financiers opaques entre l'homme d'affaires Leno Adesanya et la famille de l'ancien conseiller à la sécurité nationale, Sambo Dasuki.
Des preuves déterminantes pour l'arbitrage
Au cœur du dossier, l'arbitrage international a examiné la structure de la société Hydropower Investments Limited, créée aux îles Vierges britanniques en 2013. Les investigations ont mis en lumière que cette entité, dirigée par Leno Adesanya et Abubakar Atiku Dasuki, avait été conçue pour détenir des parts dans Sunrise Power au profit des enfants de Sambo Dasuki, sans preuve de paiement. Ces éléments ont permis au Nigeria de démontrer devant le tribunal arbitral l'existence de relations suspectes et de conflits d'intérêts potentiels au sein du projet Mambilla.
Le rôle des transactions financières suspectes
Le tribunal s'est également penché sur un virement de 1,74 million de dollars effectué par Leno Adesanya vers le fils de l'ancien conseiller à la sécurité nationale en 2014. Bien que le tribunal n'ait pas formellement établi un lien direct entre ce paiement et l'exécution du contrat Mambilla, il a rejeté la thèse du prêt avancée par l'homme d'affaires, jugeant les explications incohérentes et l'absence de contrat écrit suspecte. Ces « signaux d'alerte » ont renforcé la position de l'État nigérian, qui a pu s'appuyer sur ces révélations pour contester la légitimité des réclamations de son adversaire.
Un enjeu financier colossal pour l'État
L'enjeu de cette procédure était critique pour les finances publiques nigérianes. Une défaite aurait pu exposer le pays à une responsabilité financière dépassant les 3 milliards de dollars, incluant des demandes d'indemnisation pour rupture de contrat et des pénalités liées à un accord de règlement de 2020. En plus d'éviter cette lourde condamnation, le Nigeria a obtenu gain de cause sur les frais de procédure : le tribunal a ordonné à Sunrise Power et à Leno Adesanya de rembourser environ 11,82 millions de dollars, couvrant 75 % des dépenses juridiques engagées par l'État nigérian durant cet arbitrage.