Le procès d’Abdoulaye Miskine, chef du Front démocratique du peuple centrafricain (FDPC), et de trois de ses coaccusés, s’est ouvert au Tchad avec l’audition de parties civiles venues de la frontière tchado-centrafricaine. Ces dernières accusent le rebelle d’avoir commis des crimes contre l’humanité, tandis que la défense met en doute la cohérence de leurs témoignages.
Des victimes venues de la frontière tchado-centrafricaine pour témoigner
Pour la troisième journée d’audience, tenue le 31 août 2026 à Ndjamena, les parties civiles ont fait le déplacement depuis la zone frontalière entre le Tchad et la Centrafrique. Leur présence marque une étape cruciale dans ce procès, où Abdoulaye Miskine est poursuivi pour des faits graves : création d’un mouvement insurrectionnel, viol, assassinat, torture et séquestration. Les deux premières audiences avaient été reportées en raison de l’absence de ces témoins clés.
« Crimes contre l’humanité » : le coordinateur des victimes dénonce une stratégie systématique
Mahamat Diga Dimbaye, coordinateur national des Associations de la société civile (Cascidho), a affirmé devant le tribunal que les actes reprochés à Miskine relevaient de crimes contre l’humanité. Selon lui, le rebelle a ciblé des communautés tchadiennes frontalières, les privant de leurs biens et de leurs vies. « Les victimes reprochent à Abdoulaye Miskine des viols, des tueries, des tortures, des disparitions forcées. Nous, nous disons qu’il y a même eu crime contre l’humanité », a-t-il déclaré. La défense, quant à elle, conteste la fiabilité des témoignages, évoquant des incohérences dans les récits des parties civiles.
La défense en contre-attaque : des questions de forme plutôt que de fond
Les avocats de Miskine ont mis en avant des contradictions dans les dépositions des victimes, notamment sur les dates et les lieux des exactions présumées. Mahamat Diga Dimbaye a rétorqué que ces objections relevaient d’une stratégie dilatoire visant à ébranler les victimes. « Les avocats d’Abdoulaye Miskine ne sont pas allés dans le fond, ils cherchent à perturber nos victimes par des questions qui ne sont pas essentielles », a-t-il souligné. Cette joute verbale illustre les tensions entre la quête de justice et les manœuvres procédurales.
Prochaine étape : les réquisitions du parquet et l’attente d’un verdict
Après l’audition des parties civiles, le procès entre dans une nouvelle phase avec la suite des instructions et les réquisitions du ministère public. Les plaidoiries des avocats sont attendues dans les prochains jours. Arrêtés en 2019 et incarcérés depuis au Tchad, Miskine et ses coaccusés attendent désormais un jugement qui pourrait établir leur responsabilité dans des actes qualifiés de crimes contre l’humanité. Le sort de ce procès pourrait avoir des répercussions sur les relations entre le Tchad et la Centrafrique, ainsi que sur la lutte contre les groupes armés dans la région.