François Bayrou retrouve le prétoire ce mercredi à Paris. Après une relaxe en première instance en 2024, le leader centriste est jugé en appel dans le dossier des assistants d'eurodéputés du MoDem, accusé de complicité de détournement de fonds publics entre 2005 et 2017. Au-delà du sort judiciaire, c'est son héritage politique qui est en jeu.
Un calendrier judiciaire ironique
L'ouverture du procès en appel coïncide presque symboliquement avec le premier anniversaire de la chute du gouvernement Bayrou à Matignon, emporté par une motion de censure. Début 2024, le tribunal correctionnel de Paris avait pourtant mis en lumière des « détournements » au sein du MoDem, tout en relaxant le chef de file centriste « au bénéfice du doute ». L'appel du parquet prolonge ce feuilleton judiciaire ouvert il y a plus de dix ans et qui avait déjà contraint François Bayrou à quitter la place de garde des Sceaux un mois à peine après sa prise de fonctions.
Un système d'emplois fictifs au cœur des débats
La justice soupçonne le parti centriste d'avoir utilisé des enveloppes parlementaires européennes pour rémunérer des employés qui travaillaient en réalité pour l'UDF, puis le MoDem. Sur onze contrats initialement visés, dix ont finalement été retenus en première instance, pour un montant total de 250 000 euros. François Bayrou est présenté par l'accusation comme le « décideur » du système, aux côtés de l'ancien trésorier Michel Mercier, qualifié de « rouage essentiel ». Cinq anciens eurodéputés, trois cadres et un assistant parlementaire de l'époque comparaissent également, l'UDF et le MoDem étant poursuivis en tant que personnes morales.
Une relaxe obtenue au bord du doute
En première instance, les juges ont condamné les co-prévenus à des peines de 10 à 18 mois d'emprisonnement avec sursis, à 10 000 à 50 000 euros d'amende et à deux ans d'inéligibilité avec sursis. Les deux partis avaient écopé respectivement de 100 000 et 300 000 euros d'amende ferme. François Bayrou, lui, avait échappés aux sanctions : selon le tribunal, « aucun élément ne permet d'affirmer que M. Bayrou avait connaissance de la non-exécution des contrats d'assistants parlementaires », même si « il est très probable » que certains actes l'aient été « avec son autorisation ».
Un procès à forts enjeux pour l'après-Bayrou
Au MoDem, la perspective d'une nouvelle comparution alimente déjà les ambitions de ses lieutenants Jean-Noël Barrot et Marc Fesneau. Après la perte de la mairie de Pau et l'affaire Bétharram, François Bayrou traverse une séquence politique difficile, lui qui a annoncé son retrait de la course à 2027. En cas de nouvelle relaxe, il pourrait renforcer son rôle d'aiguillon centriste et défendre l'hypothèse d'un « fleuve démocratique » capable de faire barrage aux extrêmes, évoquant récemment les noms de Thierry Breton ou de François Hollande. En cas de condamnation, son influence sur la prochaine présidentielle pourrait s'en trouver durablement affaiblie, un point à surveiller dans les semaines à venir.