Le tribunal des flagrants délits de Pikine-Guédiawaye a clôturé ce lundi l'instruction du procès visant quatre figures influentes des réseaux sociaux sénégalais : Rokhaya Fall (Rox), Khadidiatou Kébé (Jessica), Nafissatou Fall (Narou) et Ramatoulaye Diaw (Ramz Yago). Le ministère public a requis des peines de prison ferme, illustrant la volonté des autorités judiciaires de réprimer les dérives numériques, malgré le retrait des plaintes initiales entre les protagonistes.
Des réquisitions sévères face à la gravité des faits
Au terme d'une audience dense, le parquet a requis deux ans de prison, dont un an ferme, à l'encontre de Rokhaya Fall, figure centrale de ce dossier. Pour les trois autres prévenues, le ministère public a sollicité une peine de six mois de prison ferme chacune. Le juge a mis l'affaire en délibéré pour un verdict attendu le 18 septembre. Ces réquisitions marquent un tournant dans la gestion judiciaire des conflits nés sur les plateformes numériques, où les échanges d'injures et les règlements de comptes publics sont désormais scrutés sous l'angle de l'ordre public.
Une instruction élargie à des infractions multiples
Initialement déclenchée par une simple altercation sur WhatsApp, l'affaire a pris une ampleur judiciaire considérable. Le tribunal a joint trois procédures distinctes, révélant des charges bien plus lourdes que les simples injures publiques évoquées au départ. Les prévenues font face à des accusations d'association de malfaiteurs, de menaces de mort, de distribution d'images contraires aux bonnes mœurs, d'atteinte à l'intimité de la vie privée et d'insultes à caractère racial. L'implication de la Division spéciale de cybersécurité (DSC) a permis de documenter ces infractions commises via des systèmes informatiques, transformant un différend privé en un dossier pénal complexe.
La primauté de l'action publique sur les accords privés
Un point saillant de ce procès réside dans le maintien des poursuites malgré le désistement des parties civiles. Bien que les influenceuses aient tenté de mettre fin à leur différend en retirant mutuellement leurs plaintes, le procureur Salou Dicko a maintenu l'action publique. Cette position souligne une doctrine claire : les atteintes aux bonnes mœurs et les troubles à l'ordre public numérique ne sont pas considérés comme de simples litiges privés. Le retrait d'une plainte ne suffit plus à éteindre les poursuites dès lors que les faits portent atteinte à la collectivité.
Un enjeu de société au-delà du verdict
Ce procès cristallise une polémique plus large au Sénégal sur le comportement des créateurs de contenu en ligne. Entre la quête d'audience par l'exacerbation des conflits et les appels à une régulation plus stricte des réseaux sociaux, le verdict du 18 septembre sera observé comme un signal fort. Il pose la question de la responsabilité des influenceurs face à leur communauté et de la limite entre liberté d'expression et délinquance numérique.