Le procès de l'ancien gouverneur de l'État de Kaduna, Nasir El-Rufai, a pris une tournure technique et judiciaire majeure devant la Haute Cour de Kaduna. Un enquêteur des services de sécurité de l'État a présenté des enregistrements audio alléguant qu'une somme de 600 000 dollars avait été prévue pour corrompre des responsables de la Commission des crimes économiques et financiers (EFCC) afin de faire obstruction à une enquête.
Des enregistrements au cœur des débats
Lors de l'audience, le témoin à charge Segun Kayode a détaillé le contenu d'enregistrements audio captés par les services de renseignement. Ces échanges impliqueraient Nasir El-Rufai, son fils Bashir El-Rufai, ainsi qu'un avocat de renom et d'autres associés. Selon le témoignage, ces discussions visaient à entraver les investigations de l'EFCC concernant une entreprise dénommée Singularity. Les plans évoqués auraient inclus la liquidation de cette société, tant au Nigeria qu'à l'île Maurice, où elle faisait également l'objet d'une surveillance par l'Unité de renseignement financier nigériane (NFIU).
Un bras de fer sur la procédure
La séance a été marquée par une vive opposition de la défense, menée par l'avocat Paul Erokoro. Ce dernier a contesté la recevabilité du témoignage de M. Kayode, arguant que son nom et le résumé de ses preuves n'avaient pas été communiqués préalablement à la défense, portant ainsi atteinte au droit à un procès équitable. L'accusation, représentée par la Commission indépendante des pratiques de corruption (ICPC), a rétorqué que le témoin avait été cité à comparaître par voie judiciaire, une procédure légale qui, selon le juge Darius Khobo, n'invalide pas le témoignage dès lors que la défense dispose d'un droit de contre-interrogatoire.
Contexte judiciaire et politique
Cette affaire s'inscrit dans un climat de tensions juridiques prolongées pour l'ancien gouverneur, en détention depuis février 2026. Les poursuites actuelles découlent des recommandations d'un rapport de l'Assemblée législative de l'État de Kaduna publié en 2024, qui pointait une gestion opaque des fonds publics durant son mandat entre 2015 et 2023. Nasir El-Rufai, qui a plaidé non coupable, dénonce une instrumentalisation politique de la justice. Le juge a ordonné la poursuite des débats, fixant les prochaines étapes du contre-interrogatoire aux 30 novembre et 1er décembre 2026.