Le procès de l'ancienne ministre Rachida Dati et de l'ex-PDG de Renault, Carlos Ghosn, touche à sa fin devant le tribunal correctionnel de Paris. Le Parquet national financier (PNF) a officiellement demandé aux juges de déclarer les deux prévenus coupables de corruption, de recel d'abus de pouvoir et de recel d'abus de confiance, soulignant une atteinte grave à la confiance des citoyens envers leurs représentants.
Un pacte de corruption présumé au Parlement européen
Au cœur des réquisitions, le PNF pointe une convention d'honoraires de 900 000 euros signée entre 2009 et 2013. Selon l'accusation, ce contrat d'avocate ne serait qu'un « habillage contractuel » destiné à masquer des activités de lobbying illégales menées par Rachida Dati, alors députée européenne, au profit de Renault-Nissan. Le procureur a insisté sur le fait que l'ancienne garde des Sceaux n'avait jamais révélé ses liens avec le constructeur automobile lors de ses fonctions parlementaires, caractérisant ainsi un « concert frauduleux ».
L'absence remarquée de Carlos Ghosn
Jugé en son absence, Carlos Ghosn, actuellement installé au Liban, fait l'objet de plusieurs mandats d'arrêt. Malgré sa demande de report, le tribunal a maintenu la tenue des débats. Les parties civiles ont vivement dénoncé cette situation, qualifiant l'ancien patron de l'industrie automobile de « grand absent » de ce dossier. Pour le PNF, l'intention de M. Ghosn était claire : s'assurer, par le biais de ces versements, une influence directe sur les actes de la fonction de Mme Dati.
La défense face aux preuves de l'accusation
Tout au long des audiences, Rachida Dati a fermement nié les faits, affirmant avoir réellement exercé son métier d'avocate conformément à la convention signée. Le PNF a toutefois balayé cette ligne de défense, estimant que l'absence de traces écrites probantes et la nature des prestations ne justifiaient pas les sommes perçues. Le procureur a critiqué l'attitude de la prévenue, accusée d'avoir tenté d'imposer sa version des faits par la seule force de l'affirmation, sans apporter de preuves tangibles de son travail effectif.
Un enjeu majeur pour la probité publique
Les magistrats du PNF ont insisté sur la dimension symbolique et politique de ce procès, qualifiant les faits reprochés d'atteintes majeures à la démocratie. Si les peines exactes n'ont pas encore été prononcées, les prévenus encourent jusqu'à dix ans d'emprisonnement, une amende de 450 000 euros et une peine d'inéligibilité. Ce dossier, qui met en cause une ancienne ministre et un dirigeant d'entreprise de premier plan, est suivi de près comme un test de la rigueur judiciaire face aux infractions à la probité.