Un tribunal sud-africain a suspendu, vendredi, la procédure de destitution engagée à l’encontre du président Cyril Ramaphosa. Cette décision intervient dans le cadre d’une affaire liée à un vol de fonds en liquide survenu en 2020 dans sa résidence privée de Phala Phala, une ferme située dans le nord-est du pays.
La Haute Cour du Cap-Occidental a accédé à la requête du chef de l’État, qui sollicitait l’arrêt des travaux d’une commission parlementaire chargée d’examiner une éventuelle destitution. Le juge André le Grange a précisé que, dans l’attente d’un jugement définitif sur le recours de M. Ramaphosa, les parties adverses ne pouvaient plus poursuivre les auditions publiques visant à sa destitution. Cette suspension temporaire vise à permettre l’examen d’un rapport parlementaire rendu public en novembre 2022, lequel concluait que le président « aurait pu commettre » des actes contraires à la loi.
L’affaire Phala Phala, du nom de la ferme présidentielle, a été révélée après le vol de plusieurs centaines de milliers de dollars en liquide, dissimulés dans un canapé. Aucune plainte n’a été enregistrée auprès des autorités policières, bien que le président ait affirmé avoir informé les services de protection présidentielle de l’incident. Cyril Ramaphosa a toujours reconnu détenir d’importantes sommes en espèces chez lui, expliquant qu’elles provenaient de la vente de 20 buffles, pour un montant de 580 000 dollars selon ses déclarations.
Une plainte déposée par un ancien responsable des services de renseignement accuse le président d’avoir dissimulé le vol à la police et aux autorités fiscales, évoquant un montant de 4 millions de dollars. Cette allégation a alimenté les critiques de l’opposition, qui reproche à M. Ramaphosa de ne pas rendre suffisamment de comptes sur sa gestion des fonds publics. En réponse, le président a réaffirmé, après l’annonce de la suspension judiciaire, son attachement à l’indépendance de la justice et au principe de séparation des pouvoirs, tels qu’inscrits dans la Constitution sud-africaine.
Si la procédure de destitution avait abouti, elle aurait constitué une première pour un président en exercice en Afrique du Sud. Le tribunal doit désormais se prononcer, en septembre, sur la demande de M. Ramaphosa visant à contester la validité du rapport parlementaire de 2022. Cette affaire illustre les tensions persistantes autour de la transparence et de la responsabilité des dirigeants politiques dans le pays, dans un contexte marqué par des scandales récurrents de corruption au sein des institutions publiques.