Le taux de pression fiscale est souvent brandi comme un indicateur de performance des administrations publiques. Pourtant, une analyse rigoureuse des données 2023 révèle que cet agrégat peut masquer des fragilités structurelles majeures, notamment dans les économies dépendantes des matières premières.
Des hausses mécaniques trompeuses
En 2023, le Gabon, la Guinée équatoriale et le Tchad ont affiché les progressions les plus marquées de leur taux de pression fiscale en Afrique. Toutefois, cette hausse ne traduit pas nécessairement une efficacité accrue de la collecte de l'impôt. Pour le Gabon et la Guinée équatoriale, l'indicateur a été gonflé par un effet de ciseau : une augmentation des recettes nominales couplée à une contraction du PIB. Dans ce calcul, la baisse du dénominateur (le PIB) accroît mécaniquement le ratio, indépendamment de toute réforme fiscale réelle.
La vulnérabilité face au secteur extractif
La composition des recettes fiscales révèle une dépendance critique aux industries extractives. Au Tchad et en Guinée équatoriale, l'impôt sur les sociétés représente respectivement 61 % et 76 % des recettes totales. Cette concentration expose les finances publiques à une volatilité extrême : une baisse des cours mondiaux des matières premières peut entraîner une chute brutale des revenus de l'État sans qu'aucune modification législative n'ait eu lieu. Contrairement à une assiette diversifiée incluant la TVA ou l'impôt sur le revenu, ce modèle fragilise la résilience budgétaire à long terme.
L'impasse sur la répartition de l'effort
Au-delà de la solidité des recettes, le taux de pression fiscale reste muet sur la justice fiscale. Une progression globale peut provenir d'une pression accrue sur un nombre restreint de grandes entreprises, sans pour autant refléter un élargissement de l'assiette fiscale ou une meilleure conformité de l'ensemble des contribuables. Cet indicateur ne permet pas de distinguer si l'effort est équitablement réparti ou s'il repose sur une base étroite.
Vers une lecture nuancée des performances
Pour les décideurs et analystes, le taux de pression fiscale ne doit être qu'un point de départ. Une interprétation sérieuse exige de décomposer les deux éléments du ratio, d'analyser la diversification des sources de revenus et d'évaluer la structure de l'effort fiscal. Confondre une hausse conjoncturelle liée aux bénéfices exceptionnels d'un secteur avec une amélioration structurelle du système fiscal constitue un risque majeur pour le pilotage des politiques publiques africaines.