À huit mois de l'élection présidentielle française, l'intelligence artificielle s'impose comme un sujet central du débat public. Lors de l'événement Artificial Intelligence Marseille, les représentants des principaux candidats ont confronté leurs visions, oscillant entre la nécessité d'une souveraineté technologique nationale et les impératifs de régulation face aux risques d'automatisation.
La quête d'une souveraineté technologique nationale
Le consensus politique semble se cristalliser autour de la nécessité de réduire la dépendance vis-à-vis des puissances américaine et chinoise. Alexandre Loubet (Rassemblement national) prône une accélération de la filière française par la formation d'ingénieurs et l'allègement des normes. De son côté, Manuel Bompard (La France Insoumise) propose un moratoire sur le développement de centres de données non souverains, insistant pour que les données publiques soient hébergées sur des infrastructures nationales. Xavier Bertrand, tout en défendant des solutions locales, met en garde contre le risque de retard technologique qu'imposerait un repli trop strict, misant sur l'application des règles européennes au sein des infrastructures existantes.
Entre opportunités économiques et risques sociaux
Les avis divergent sur l'usage de l'IA dans les services publics. Sarah Knafo (Reconquête) y voit un levier majeur de productivité pour l'administration, suggérant également son déploiement dans l'aide à la personne via des robots d'assistance. Olivier Faure (Parti Socialiste) adopte une position plus nuancée, soulignant que si l'IA représente une opportunité pour la santé ou la transition écologique, elle ne doit pas se substituer à l'humain. Il insiste sur la nécessité d'un cadre éthique, rappelant que la machine imite sans penser.
Éducation et limites de la régulation
La question de la place de l'IA dans le système éducatif a également suscité des tensions. Xavier Bertrand plaide pour une généralisation de l'apprentissage de l'IA, illustrée par le financement d'un brevet régional dédié. Une approche contestée par Sarah Knafo, qui privilégie un retour aux fondamentaux scolaires plutôt qu'une spécialisation précoce dans les outils de génération de contenu. Ces échanges illustrent la difficulté pour la classe politique française de définir une trajectoire commune face à une technologie qui, selon les intervenants, impose un choix binaire : maîtriser son développement ou en subir les conséquences sociales et économiques.